XXIe siècle

trouille de crever
là comme une merde
la bouche plus sèche qu’une mue de serpent
les yeux fromage blanc
livides
trouille de crever trouille de survivre
comme un automate en carton-pâte
trouille de ne pas pouvoir suivre
le rythme
d’être à la traîne
en tête à queue
là où on se fait bouffer en silence
mâcher religieusement
avaler soigneusement
trouille d’aller bosser
trouille de ne plus rien foutre
trouille du chômage
trouille du conseiller pôle emploi
qu’il me demande mon projet professionnel
de répondre
te baiser jusqu’à l’os
empiler tous tes trous sur ma bite
comme des anneaux magiques
qui me donneront le pouvoir du chaman
TRAVAIL GARANTI A VIE AMOUR SERIEUX CHANCE AU LIT
trouille d’aimer
à m’en faire ramasser à la petite cuillère
à m’en décalotter les yeux grands ouverts d’abîmes bandantes
à m’en luxer le ciel
trouille de tout foutre en l’air
d’envoyer tout bouler
dans la voie lactée
aux quatre tords-boyaux du monde
Styx pouilleux de rats purifiés
et de tortues ninjas desséchées
trouille d’avoir un trou dans l’estomac
grand comme ça O
un grand trou grand comme ça qui aspire ma nourriture et mes illuminations
trouille d’avoir un creux à l’estomac
un petit creux petit comme ça 0
une dalle phénoménale pas banale
une dalle de tous les diables
trouille d’un sexe pas dans les normes
trouille d’un visage lambda conforme
trouille de ne pas bien me glisser dans la boite à idées
dans la viande à vider
dans l’industrie à débiter
à dépecer des sourires
des je vais bien tout va bien
les licornes sont bleues comme des hématomes
et dans les hentaïs les vagins sont des oueds à paillettes
trouille de me barrer
d’aller voir ailleurs si j’y suis
si t’y es
trouille de virer mon cul de là
sur ordre de l’état major
l’état minotaure
trouille de faire les cents pas vers les cents cieux
de marcher tête haute en bas
yeux baissés en haut
trouille de ma jarre crânienne
trouille de mes os pelviens
trouille du dieu pourrissant
trouille du diable repoussant
trouille de tomber dans le panneau
et trouille que le panneau soit en sens interdit
en cul de sac y’a rien à voir
trouille des abattoirs
où ça sent la ferme et le fer
le cochon qui transpire des veines
le veau qui s’urine dessus
la brebis galeuse
100% bio
trouille de l’odeur de sainteté des malsains de l’odeur des aisselles des archanges de l’odeur huileuse des plumes de canards des archanges
trouille du cancer des couilles
trouille des vitamines C des hépatites A des plans Q des jours J des rayons X des fichés S
trouille qu’il t’arrive quelque chose
un faux pas un mauvais présage
du mauvais sang un karma cassé
coincé entre les dents des sales lendemains
des lendemains qui sentent la forêt rôtie
l’aisselle salée des CRS
l’eau de mer noyée
trouille qui ne se passe rien
trouille des vers de terre dans les yeux
des papillons dans le ventre des crabes sur la langue des poulpes entre les vertèbres
des hippopotames au fond de la bedaine des milles-pattes en fœtus dans le nombril
des araignées au plafond
des chauves-souris dans les sourcils des truites dans le nez
des coccinelles dans la cervelle
trouille du pays des merveilles trouille de la nation pornographique x-racine x-tradition x-patrie x-souche
trouille d’être pneumatique
caoutchouteux
mou mou mou
trouille de me déballer
de m’emballer
de me remballer
et de me consommer comme un burger à la salade grise
trouille
de m’enflammer de me refroidir
trouille du boss trouille que le boss me parle trouille qu’il me dise bosse
sois créatif et tais-toi
sois force de proposition et nique ta mère
il n’y a pas de problème juste des solutions tête de con
trouille qu’il se déguise en père noël, boive une canette de coca
et chie sur le sapin de noël
sur les enfants qui pleurent sur la grand-mère qui crie
trouille d’être en extinction et de me retrouver sur le site de la WWF
trouille de vomir mes restes de pizza sur le panda de la WWF
trouille d’avoir les os comme des baguettes chinoises
qui pincent mon ramen trouble à l’intérieur
mes champignons sous-vides à l’intérieur
trouille d’être sur la corde raide
la pente froide
sur le fil du rasoir
de me retrouver dans l’estomac d’un cachalot
sans espoir
les pieds dans l’eau
avec l’odeur de calamars morts
dégonflés
trouille de me retrouver
dans un endroit noir où ça ne sert plus à rien de mentir
de me mentir
de faire semblant
de planquer ma tête sous le tapis
sous l’oreiller pour plus rien entendre
pour fermer nos bouches
trouille d’être
inaperçu pas perçu
entraperçu
trouille d’être invisible
à poils invisible
trouille d’être indélébile
pas lavable
pas solvable
pas rentable
trouille d’être un trouillard
qui s’enfuit dès que t’as le dos tourné le poing levé
les yeux crevés
les mains jointes
le cœur
lourd.

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