gros poème

où est mon summer body ?
ma viande de soleil cuite entre la vie
et la mort
le jour et la nuit
où es-tu ô mon summer body love
mon corps d’été
limpide comme une crème glacée
où sont
mes biscottos craquants comme des cracottes
mes biceps triceps quadriceps quintuceps
heptaseps et septceps
où sont mes nineteen nineteen ceps ?
où j’ai mis mon dernier nerf nerveux ?
mon dernier tendon tendu ?
tous tordus maintenant mes tendons détendus…
où j’ai mis mon pouls impulsif ?
noyé dans mon mou massif ?
où j’ai mis ma veine remontée à bloc ?
et mon cœur centrifuge ?
et mon poumon à pulpe ?
mon œil cogneur
et mon t-shirt moulant ?
où j’ai foutu mon muscle de poème ?

lambda

Les mains derrière les os
Coquelicots dans les jambes
je plie une prairie dans ma poche
Elle est lourde et pleine d’eau
les mini-vaches qui vivent dedans
N’ont plus de ciel
à se mettre sous la dent
Un peau rouge dans ma chair perd des plumes partout
Mais je m’envole pas pour autant
Je reste cloué au sol
A me désenchanter par les trous du nez
La friture du cosmos
La double cuisson de la pluie
Les nuages rôtis
J’ai pris le temps d’écrire ce que je pensais
D’un monde parallèle où j’aurais huit bouches
Pour dire que tout va bien
Huit fois à la fois et m’en convaincre
Parce que là avec une seule je me suis perdu à l’intérieur
Je vois pas trop où je veux en venir
Et je perds le nord
J’aimerais reprendre du poils de la bête
Mais j’ai plus aucun nombril à mâchonner
Pour revenir au point de départ
Au fichier source
C’est en rupture de stock ces choses-là
Depuis l’épidémie
D’impersonnalité
Tout le monde a voulu se prémunir
De n’être plus personne
Alors je fais avec
Je prends mon mal en patience
J’étudie des propositions de vie
posées sur la table
« Devenez un neutrino
C’est rigolo
Pas de frais d’entretien »
« Devenez
Un poulet à huit têtes
Pour picorer huit fois plus vite
Et courrir 7 fois décapité »
« Devenez une pile de sexe à pile »
« Devenez un polymorphe
Pour ressembler à Brad Pitt
Ou Angelina Jolie »
« Devenez une arme de destruction massive
Et déversez vous
Où bon vous semble »
Et je reste indécis
Comme une plante grasse qui voudrait faire du sport

Manifeste AR

Bonjour. Il faut s’expliquer un jour poétiquement sur le monde. J’ai un mal de chien à voir le ciel d’où je me situe, c’est donc que la poésie peut se faire dans un tiroir. Elle peut se pratiquer dans un cube d’un mètre cube. Elle peut se pratiquer en boule, car même recroqueviller on peut voir ses doigts de pieds et composer une ode à ses ongles :

 

ô ongles

tranchez la gorge des chaussettes

et naissez au monde

 

Lire de la poésie peut aussi se faire dans un tiroir, à l’aide d’un livre bien pliable et pas trop épais. On peut le caler dans l’orifice du nombril.  et se nourrir de l’amniotique. La poésie n’occupe pas beaucoup de place elle essaie même d’être un simple point qui troue l’espace-temps pour ouvrir à l’infini de l’éternité. Et vous pouvez très bien prétexter que si la terre explose comme une sauce tomate au micro-onde il n’y aura plus la moindre poésie, un milliard de cailloux broyés n’enlèveront pourtant rien au fait qu’un vers d’Arthur Rimbaud a bel et bien existé. C’est que la matière ne peut pas one shot le temps.

Le flasque. Comme un peu tous tes morceaux de toi-même qui veulent couler. Couler quelque part dans un mouvement rectiligne pas droit uniforme. Le stress est la tentative désespéré de l’esprit à reconquérir l’unité du corps, à retendre le distendu, à remplir le vide. Notre chair est vide et déboîtée. Nos yeux sont les cobayes des nouvelles technologies, des petits mulots qui tètent la semence paroissiale des smartphones. On ne sait plus trop à quoi sert la souffrance. On ne sait plus trop si l’on souffre ou si l’on s’amuse. On ne sait plus trop si notre souffrance est une vraie souffrance. Alors le flasque alors le stress. Le stress c’est comme une pince-à-linge pour remettre à flot les viandes qui s’échouent. Comme des méduses. Errance comme un chien d’apocalypse. On boit notre visage sur les écrans. Les GPS ont annulé les étoiles, le centre de l’orientation reste notre nombril. Notre nombril est un tourbillon, un trou de peau où s’écoule le flasque. On le sent le flasque, il n’a rien à voir avec une fatigue sèche, fruit d’un effort éprouvant. Le flasque est une production de siège ergonomique. D’outils ultra-performants. De mouvements de panique de conf-call en conf-call. On le sent le flasque n’est ni une fatigue ni une mélancolie ni de l’ennui, mais la sensation d’être une brioche sans lendemain, alors on se distrait par les offres technologiques qui produisent notre flasque = cercle vicieux.

Merry Christmas 2019

Quelque chose ne va pas. Juliette vient de terminer le sapin, mais il ne dégage aucune magie secrète. Aucun panache. Elle a pourtant pris soin d’éloigner les enfants, agents de chaos et de mauvais goût, pour prendre en main le destin de l’épineux problème. Elle conserve, dans un coin de sa tête, les souvenirs brefs mais tendres des compositions de sa propre maman, riches de détails époustouflants, orgie féerique ruisselante d’amour et de chocolat, où chaque élément trouvait sa place comme un petit père noël sur une bûche glacée. Combien de fois s’est-elle sentie comme un bébé louve dans une tanière de lucioles, à l’abri des dangers de ce monde, juste emmitouflée au sein des tiédeurs ineffables d’un milieu sans horreur ?
Décidément, à ce sapin rien ne va. Et si le sapin est défaillant à sa tâche alors il décolore sur l’ensemble, affectant comme un virus lépreux les agencements luisants du salon. Le sapin est la colonne vertébrale de Noël.
Peut-être faut-il lui ajouter quelques froufrous en plus ? Elle s’en va quérir l’avis de Loïc, son mari, afféré à la cuisine comme un beau diable.
-Je vais te dire ce que j’en pense… je crois, effectivement, qu’il n’y a pas assez de boyaux et de globe oculaires sur ce sapin… à mon avis, ce n’est qu’une suggestion, il faudrait mettre un boyau qui va d’ici (il désigne une branche du sapin) jusque là. Ça peut sembler l’alourdir, mais actuellement il fait trop rachitique, il manque d’abondance, de foisonnement…
Elle réfléchit à ce que dit Loïc. Il n’a pas tort.
-Les magasins vont bientôt fermer… il me semble compliqué d’aller maintenant chercher de nouveaux boyaux de Noël pour parer le sapin…
-Et ceux de l’année dernière, au congélateur ?
Elle soupire parce qu’elle déteste le gâchis, et le fait de devoir en racheter.
-Ceux de l’année dernière nous les avons mal emballés pour la conservation, une fois décongelés ils étaient en lambeaux…j’ai tout jeté…
-Dans ce cas…hmmm…
Loïc réfléchit. Elle attend. Évidemment c’est extrêmement compliqué de trouver de nouveaux boyaux de Noël bien frais pour enguirlander au sapin, surtout le jour J, en fin d’après-midi… C’est toujours comme ça, ils ont un gros défaut d’organisation. Ça la fout en rogne. Pourquoi tout ne peut-il pas être parfait, comme lorsqu’ils passaient Noël chez sa mère, pourquoi ? Est-ce trop demander ? Que tous les événements concourent au fonctionnement harmonieux d’une seule journée par an ? bordel ? Elle qui espère tellement voir dans les yeux des enfants pétiller tout un cosmos en liesse, des étoiles qui joueraient avec des lunes et des météores qui s’amuseraient dans des flaques de trous noirs.
Elle regarde Loïc et il comprend rapidement qu’il doit prendre l’initiative.

-Très bien très bien ! Je vais aller chercher des boyaux frais pour les accrocher au sapin… Je pensais aux voisins du bout de la rue, les Colbert, ils ont le ventre bien pendu, à mon avis un bon dix mètres d’intestins chacun, du coup le mieux c’est de tout prendre au cas où…
Il va à la cuisine et revient avec un long couteau qu’il dépose sur l’étagère du hall d’entrée. Puis il enfile un gros manteau, et une écharpe en laine. Juliette noue son écharpe et l’embrasse tendrement. Elle peut toujours compter sur lui. Son sauveur… Avec les intestins des Colbert elle pourra remettre d’aplomb la décoration de son  sapin!
Avant qu’il ne franchisse le portail, elle court jusqu’à lui.
-Tu vas avoir froid ! Rentre vite ! Lui dit-il.
-Attends, dit-elle tremblante, prend aussi leurs yeux et leurs dents, pour suspendre aux branches du sapin… Mr. Colbert a de jolies dents blanches, et madame Colbert de jolies mains, on pourrait en accrocher une tout en haut, avec les doigts bien écartés, pour faire une étoile ! En plus j’ai du vernis paillette.
-Pas de soucis ma chérie mais rentre, tu vas attraper la crève !

Don

je donne mes os
à l’amical associatif des toutous abandonnés
pour qu’ils aient un bon bout à ronger
les dimanches pluvieux
quand ils ont la patte déprimée
et la truffe abattue
je donne mon courage à ceux
qui en ont encore moins que moi
comme ça ils en auront
tout de même assez pour tenir le coup
je donne mon katana
au vent
pour qu’il tranche les orages
en trèfles à quatre feuilles
et les éclairs
en chocolat
je donne mes organes vitaux
qu’ils aillent vitaliser autre chose
les pauvres ! je n’ai jamais cru en eux
qu’ils aillent là où ils se sentiront bien
pour une vie meilleure
je donne mon sang
au collectif #vampiremaispasmonstre
ils sont sympas j’en ai croisé un
à la journée internationale du don du sang pour les vampires sans méchanceté
– sa parole était pleine d’amour
je donne mes baskets à mon ombre
puisqu’elle n’arrête pas de les coller
comme un pansement
comme si marcher dans ce monde
ouvrait des cicatrices
je donne mon humour noir à la déchiqueteuse
qu’elle broie le noir de mon humour
et mon humour avec
je donne mes tendons à Robin des bois
qu’il fasse un arc et bute des riches
je suis pour
je donne mes mains aux destins
ça lui fera plus de doigts
pour contrôler plus de vies
je donne mes dents
au Kazakhstan
parce que ça rime
je donne mes ongles au soleil
pour qu’il s’agrippe à la terre
et ne disparaisse pas au loin
je donne mon cerveau à la NASA
pour qu’ils l’envoient planer comme un demeuré
par delà les hémisphères
et je donne mon nez
à ceux qui n’en ont rien à curer

Boule

remonter la couverture
jusqu’aux yeux
ne plus rien voir du monde
mais juste ce qui est tiède
aimant
blotti en boule
juste ce qui se tasse et s’engourdit
emmitoufler nos souffles
camoufler l’herbe des cheveux
enterrer nos murmures
marrants petits vers de terre
entre les plis pensifs
découvrir qu’on a pas d’ombre
et que le soleil peut se garder au chaud

Je pense à

ça y est
je pense à la mort
pourtant j’ai ma casquette rouge
auréolée d’une crevette blonde
j’ai mon pull de Noël avec un castor bêtement
j’ai plein d’idées plein d’imagination
la nuit d’hier était pleine d’amour
mes mains sont sans douleur liée
à un travail pénible
mes lèvres brûlent d’eau propre juste après ma douche
mes yeux ne voient rien que je déteste
particulièrement
rien qui ne me détruise le cœur
les plantes poussent bien dans ma maison
il y a de la lumière
elles reçoivent l’attention qu’elles méritent
le temps est pluvieux
mais la pluie est sincère
elle ne triche pas elle s’infiltre partout
j’écoute une électro japonaise
qui ressemble à une montagne rouge
ou à quelques caillots jaunes
dans les cumulonimbus entre chien et loup
ça y est
je pense à la mort.