Gavage des yeux

ça me gave
ça me gave qu’on me décortique les orbites
À la petite fourchette distinguée
celle avec laquelle on déglue les bigorneaux
de leur crevasse à rêves poisseux
comme des organes qui n’ont pas de refuge
ça me gave qu’on me scalpe au scalpel
mes yeux comme des petites tumeurs
des petites tumeurs de la nuit des petites
tumeurs de la solitude des petites tumeurs
de forêts profondes
ça me gave qu’on me déclipse les iris
pour mettre des filtres
des filtres de mondes adorateurs de mondes bleus à la crème rose
de mondes bleus à la crème rose au coulis rouge
du sang des sacrifiés
ça me gave qu’on m’émulsionne la vue
qu’on la pouponne
qu’on la savonne
avec des pommades
tonitruantes et tonifiantes
qui puent la sueur de la réussite
la sueur des chiffres
la sueur des objectifs
la sueur des informations
gluantes
difficile à curer
ça me gave
Qu’on éventre mes visions
et qu’elles déchargent leurs organes
en tas de perceptions symbiotiques
de mondes morts-nés
d’univers amniotiques
qui n’ont eu aucune chance
de pousser
ça me gave
qu’on étrangle mon œil
Avec des séances gratuites de sourires larges
comme des césariennes
des paysages woaaaaaaw
wooooooaaaaaaw
trop beau le paysage
magnifique
woooooaaaaaw
quelle île magnifique
aussi belle que toutes les îles magnifiques
et les aurores boréales à la con
les voyages engloutis dans des buvards versicolores
les cheveux qui s’injectent dans la mer
seringues de désir
Les vagues qui pourlèchent
les maillots de bain
Les vagues qui lèchent
les sexes qui lèchent les anus
Dans les maillots de bain
ça me gave
ça me gave qu’on m’épluche mes fantasmes
comme des gros oignons
qu’on les râpe pour me servir des salades
des conneries fraîches
et qu’on me dise que se sentir plus léger avec des conneries fraîches
c’est la liberté
ça me gave
qu’on égorge mes illusions à l’abattoir rose et qu’ils se vident
de leur sang noir de cochon
ça me gave
qu’on clapote de doigts sales
la chair de mes paupières
que clapote l’ordre comme il faut
comme il se doit
bien droit
goutte à goutte universelle dans chaque tête
au flashball
que clapote le bien-être
le bien-être des pilules de vitamines des gélules de sport des cellules de beaux muscles
le bien-être des intestins
jamais on a autant recherché
le bien-être de ses intestins
le bien-être de sa merde
signe qu’on a peur de la perdre
que clapotent les news in live
tellement in live qu’elles gesticulent encore
qu’elles attendent qu’on les achèvent
monstres difformes mal nés
expériences ratées dans un laboratoire caché
que clapotent les idées régulières des contextes définis
et la multiplication des clones de moi pour me cacher
me fondre
me morfondre
comme une mouche morte pincée
entre les ongles des stores malingres
comme une limace
Sous une écorce brune gorgée d’eau
comme une poussière d’étoile
sur la langue d’un bœuf
indiscernable
indissociable
indémêlable
retrouver des yeux comme des ciseaux
pour redécouper les regards
redécouper les limites
redécouper les extrémité
retrouver des yeux comme des punaises de lit pour me glisser dans les plis tièdes des draps
des yeux comme des volts des ampères des court-jus pour dysfonctionner
des yeux comme des poignards pour crever le ciel égorger les nuages
des yeux comme des crabes pour m’emmitoufler dans les sables sablonneux
disparaître n’être que trois petits flocons qui palpitent comme des pouls faibles
à la surface
retrouver des yeux comme des chansons d’amour italiennes débiles
Pleines de sales plans culs de Rome
des yeux comme des sacs d’araignées impatientes
Siroter la chair de leurs dents comme des pailles
Cocktail d’insectes
Tequila sunrise cafard
retrouver des yeux comme des serpillières
Pour nettoyer ma morale
Nettoyer mon crâne aux boyaux tordus
nettoyer les apparences
des autres
et faire un monde impeccable
et qu’on me dise
il est propre ton monde
pas une poussière
dans l’œil.

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