Chronique d’Open-Space #3 CrocoKiller

Recette : 5 cl de CrocoKiller. 8 cl de Canada Dry. Un quartier d’orange fraîche. Une brouée de glaçons. Rafraîchissant. Plein de peps. Légèrement pétillant. Doux âcre. Le quartier d’orange se noie dans l’ambre sirupeuse, effleurant les fantômes translucides. Le doseur à cocktails, aux irisations cuivrés, repose à côté d’une planche en bois jonchée de pulpes dégorgées. Une troupe de fêtards en copeaux de conscience attendent leur cocktail à l’œil, en riant comme des phoques perdus, les doigts en tubes de colle, mix de sueur et d’alcool s’agglutinant à leur gobelet mâchonné. L’un d’eux s’approche du barman, alors en pleine effervescence, par curiosité.

-Hé mec ! mec ! Tu ressembles à quoi sous ton masque vas-y tu peux faire voir ???

Le barman regarde droit dans les yeux rouges du type et lui répond que ça ne s’enlève pas, qu’il doit attendre la fin du taf (vers 4h) et que là ça partira tout seul comme un peu de l’eczéma.

 

C’est le #CrocoNightFever ! dit l’animateur en management d’animation commerciale. Et vous êtes, chacun d’entre vous mes beaux gosses (il pianote abstraitement avec son index chacun des visages devant lui, comme un calamar enthousiaste), un de nos #CrocoGroom VIP du tonnerre ! (il rit comme une tomate fendue) Vous êtes là pour distiller nos cocktails au cœur des petites gorges fluettes de tous nos happy lapins fêtards techno-transfilous. Ce soir sur chaque event on pose une table, on pose 6 bouteilles de CrocoKiller, on pose deux buildings de gobelets, on pose un sac d’oranges fraîches, on pose 12 bouteilles de dry, et en avant la becquetée ! Bien entendu on ne va pas vous laisser sur place 6h avec une gueule pressée par la sueur, palpitante comme une sardine, franchement ça ne donnera envie à personne, les teuffeurs ne veulent pas d’un cocktail #CrocoNightSueur ahahahah ! Du coup Ana va vous greffouiller un masque organique bio-modélisé en 3D qui se décompose tout seul au bout de 7h ! comme une feuille morte tu vois, ou une étoile des neiges. Nous allons faire de vous de magnifiques crocodiles, fiers et sobres, honorés de servir une liqueur familiale à la recette planquée au frais depuis 56 générations !

 

-7h vous êtes certaine ? demande-t-il à Ana qui prépare l’injection sous-cutanée. Une série de sept aiguilles à planter à diverses zones du visage pour engendrer la réaction organique mutagène.

-Mais oui ne vous inquiétez pas nous faisons ça trois fois par an depuis six ans maintenant… Bien sûr parfois c’est 9h… le temps que ça se décompose intégralement… mais la tenue dure 7h. 😊

Elle pose le boitier à seringues sur la petite table en acier. Puis elle asperge l’ensemble avec un antiseptique. Tout est propre, beau, nickel. Les murs sont blanc-neige.  Ana est blanche-neige. Sa gorge est comme un produit laitier.

-Et pour les effets ? Qu’est-ce qu’on ressent ?

Il panique un peu. C’est la première fois qu’il s’embarque dans cette histoire. Il a besoin de tunes et les cocktails ne sont pas très compliqués à faire. Le salaire est confortable, l’équivalent d’une semaine dans un job miteux avec des cuisines qui sentent le rat décongelé.

Mais il n’a jamais touché à ces trucs-là, les injections de schèmes organiques. A quoi bon ? On a le corps qu’on chope à la naissance, comme une maladie.

-ça peut vous gratter un peu… et les phases croissance / décomposition vous donnerons l’impression de… comment dire… vous noyer dans votre propre corps. C’est difficile à décrire, comme s’étouffer de l’intérieur.

(ah cool ça a l’air chouette pense-t-il)

-En tant qu’aide médicalisée je rappelle que vous pouvez à tout moment refuser. Vos frais de déplacements et l’heure de formation vous seront quand même payés…

Ouais mais il lui faut ce pognon.

-Allez-y.

Elle nettoie ses mains avec une mousse rosâtre, enfile ses gants élastiques. Puis injecte le contenu des seringues aux sept points cardinaux de son visage. Il ne ressent qu’une faible morsure de moustique à chaque pénétration. Pas de quoi fouetter un chat. Ou verser des larmes de crocodile lol.

 

5 cl de CrocoKiller. 8 cl de Canada Dry. Un quartier d’orange fraîche. Une brouée de glaçons. La techno progressive coagule les gens à leurs cheveux. Les corps se démobilisent, se fluidifient en volumes mouvants. On dirait des algues de loin. Une masse d’algues noires en eaux limoneuses. Des tas de gens camés ou en état de luire lui demande des cocktails qu’ils avalent à la vitesse d’un vaisseau spatial.

-Trop bien ta tête de croco je peux la toucher 😊 ?

Demande une meuf fascinée et il veut bien se laisser toucher par la meuf fascinée alors elle caresse la peau soyeuse de sa tête en crocodile avec une curiosité sexy. Il lui met une double dose dans son cocktail et elle repart plus heureuse qu’un dragon qui danse.

En vrai il est plutôt bien là. Dans sa nouvelle peau. La mutation était délicate, difficile à expliquer, comme si on tiraillait sa peau avec des pinces vibrantes et qu’ensuite on la retroussait dans sa bouche, dans sa gorge, dans son nez, sous ses yeux. La pièce médicale disposait d’un seau à vomi, et il avait rendu ses tripes malheureuses à n’en plus finir. Le seau dégageait une forte odeur de javel, à laquelle se mélangeait l’acidité de son estomac. Ses cheveux s’étaient éparpillés au sol, comme chez le coiffeur, par touffes indistinctes, vous resterez chauve après la mutation… c’est un des seuls effets secondaires…  les cheveux repoussent vite ! 😊 lui avait dit Ana.

Les cheveux repoussent vite… Il se dit qu’au moins le logo de CrocoKiller, ce n’est pas un putain de dauphin… il a esquivé le pire… il s’imagine avec une tête débile de dauphin… loin du raffinement noir d’un croco sapé en costard de 007 qui avale un bourbon CrocoKiller…

 

(C’est bizarre d’avoir un museau aussi proéminent. Il a l’impression de s’exprimer à deux centimètres des clients. Il respire leur odeur de transpiration, d’alcool et d’œil qui pue. Certains reviennent de dehors où il pleut comme vache qui pisse et d’épaisses mèches de cheveux bavent sur leur front. Chose étrange aussi, il snif leur chair. C’est sans doute un effet secondaire de prédation. Comme quand tu renifles l’odeur métallique d’un steak cuit bleu, la chair rouge en cuisson).

 

Celle fascinée resurgit de la vase noire électrisée, on dirait des fantômes poisseux qui disparaissent / apparaissent d’un autre monde sous-marin, fantastique. Elle est à croquer.

-J’aime bien les crocos… tu sais les bonbons… mes préférés sont les rouges… je dévore toujours la queue en premier…

Elle se lèche la lèvre. C’est une zo, il y a une grosse communauté de transmus qui baisent avec des greffons animaux, des gueules virilescentes de gorille alpha ou des ondulantes langues de serpents. Pas son kiff, surtout que ça coûte un bras. Il la regarde en composant son cocktail. Elle flotte sous un chaos de transpi, de rouge à lèvres écarquillé, de vêtements moulants et de pulpes de pupilles plus émeraudes qu’un perroquet d’Amazonie. Il n’a pas la moindre seconde à consacrer à tout ça, voyons, rester dans les clous, plus qu’une heure et le service est fini, y’aura plus qu’à se débarrasser de cette peau de sac à mains pour bourgeoise décatie…

-Elle est comment ta langue ? Je suppose qu’elle doit être énorme.

Il lui tire la langue. Elle se mordille la lèvre. Il lui tend son cocktail. Elle l’avale entièrement devant lui et en recommande un.

 

Ils s’enferment dans le débarras à l’étage, là où les technos lui ont dit de poser ses affaires persos. Il a laissé le stand en roue libre, rien à foutre, il a trop la dalle d’elle. Il déploie sa longue langue épaisse entre ses jambes, et tapisse littéralement son vagin d’amour animal. Quel goût. Quelle odeur. Incroyable comme ses sens se décuplent. L’âcreté envahit tout son corps, court-circuite son estomac. L’épaisseur de la chair. Le tourbillon de squames de spasmes. Il la plaque littéralement contre le mur à chaque martèlement de sa grosse langue.

Il se relève. Elle embrasse avec feu son long museau, elle lèche ses écailles, et l’électricité s’enracine jusqu’à son sexe, comme une pluie qui tombe, drue. Il la pénètre et elle glisse sa main dans sa gueule, caresse ses dents pointues. Elle s’écorche volontairement et son sang ruissèle jusqu’à sa gorge. Il est proche de jouir.

 

C’est maintenant le direct avec Vanessa Ange. Allez-y Vanessa, c’est à vous.

Oui je suis ici à l’ancien gymnase Pierre De Coubertin, où se tenait ce soir une fête qui a littéralement viré au cauchemar pour la jeune Sandra Lopez. Cette jeune fille de 19 ans vient d’être retrouvée morte assassinée dans les locaux techniques. Elle a été retrouvée le bras arraché et le visage déchiqueté. Le meurtrier est identifié, un homme de type caucasien, la trentaine, Arthur Grange, il portait une greffe organique de crocodile, dissipée à l’heure actuelle, et reste activement recherché par la police.

 

Epilogue.

« Moi je dis qu’il s’est planqué dans les égouts. Il bouffe des rats humides et avale de l’eau noire pour survivre. Il faudrait faire une énorme battue dans les égouts et le tuer » (post de FiascoDeGama)

« ça y est le ministre vient d’interdire la greffe organique de grands prédateurs, ça casse les couilles okay c’est grave ce qui est arrivé mais on paye tous pour les crimes d’un seul… perso depuis six ans je me fais des trips avec une greffe de requin tigre et j’ai jamais bouffé le moindre petits doigts… » (post de LudwigVanRien)

« j’espère qu’on retrouvera ce salopard,  les greffes d’animaux devraient être strictement interdites, nous sommes à l’image de Dieu et Dieu n’est certainement pas une chimère avec un tête de Koala ou des nez de cochons. » (post de LaPetiteFeeDuDestin)

« j’ai acheté un fusil de chasse hier et avec des potes on va fouiller les bois demain à l’aube pour retrouver cette sale bête et lui exploser la tête tout simplement il ne mérite que ça. Sac à mains pour ma femme bientôt » (post de Templier515953)

« Bah suffit d’appeler crocodile dundee lol » (post de Vanhonfleur)

« L’entreprise CrocoKiller est sérieusement affectée par les tragiques événements qui se sont déroulés lors de la précédente manifestation du #CrocoNightFever. Nous tenons à exprimer nos plus profondes condoléances auprès de la famille de la victime. Toutes les précautions avaient été prises pour éviter ce genre de drame, mais il s’avère que l’employé a, de sa propre initiative quitté, son poste de travail pour se donner du plaisir sexuel alors même qu’il était, durant les sept heures contractuellement signées, une effigie de notre marque d’alcool réputée dans le monde entier pour ses cocktails colorés à la recette transmise dans le plus grand secret depuis 46 générations. » (post du community manager de CrocoKiller)

« CrocoKiller, le champagne des véritables serial-Killer. #CrocoNightCreveForever » (post de GrosCracra)

 

L’entreprise changea son logo par celui d’un dauphin en costume nœud papillon.

Chronique d’Open-Space #2 mauvaise digestion

Ce matin tout allait bien, les analytics fourmillaient sur les écrans, issus des remous spasmophiles des tracking-bots dont la fleurissante activité dégorgeait des torrents de datas users, sous forme de grosses giclées compressées de chiffres brandis et de courbes molles, tout un geyser d’informations obstruant les boîtes mails de chaque employé apte à téter comme du petit lait les fluides alléchants des statistiques, tandis que leurs pupilles maigrichonnes s’enflaient aux scissures des enduits bleutés des écrans, aux parcelles des tablatures excels et aux stries des plannings multicolores, ce matin tout allait bien, les réunions remplissaient les box vitrines (mind box for spirit infinite, sorte de cages à poules où se concoctaient les décisions immanentes, de l’extérieur l’impression de regarder des humains dans un laboratoire où des enfants géants viendraient s’amuser à leur décoller les organes), tandis que les conf-call abondaient un peu partout en inoculant dans le vide des couloirs de dépressives logorrhées verbales, mélange poisseux de franglais bouffi et de voix skypés aux modulations rauques de l’au-delà, ce matin tout allait bien, on avalait son café tout naturellement dans une salle de pause légale en s’étourdissant d’autocollants au lyrisme cauteleux ici on partage tout, surtout ses bonnes idées ; soyez vous-mêmes, tous les autres sont déjà pris ; Seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde, y parviennent, ce matin tout allait bien, les managers manageaient leurs subalternes en jutant des litres de directives spumeuses lors de sinueux marathons d’un secteur inaudible à l’autre de l’open espace, ce matin tout allait bien, les néons jaunes du plafond pissaient sur la gueule des gens indéfiniment, l’électricité ne faiblissait jamais, un jet indélébile et sans chaleur d’urine aéroportée intacte, et certains employés, à l’écart définitif des fenêtres, ne connaissaient du jour qu’un rayon de soleil crevard, pendant la pose clope de 11h, comme un jaune d’œuf vitaminé éclaté sur leur gueule, ce matin tout allait bien, sauf pour Fred.

Fred d’habitude il gare sa caisse suppositoire pour autobus au fond du parking, sauf que ce matin, zéro place libre, ça le fait rapidement chier de rouler en rond, mais il finit par se planter entre une laguna de sous-fifre et une audi SUV de manager. En décapsulant sa portière, l’air congelé s’engouffre en viscosités glaçantes supersoniques sur sa gueule, ses mains crues, son front tiédasse, ses cheveux lissés, comme la langue gluante d’un fourmilier, agglutinant les odeurs de clopes, de café froid et d’aisselles anxieuse, les aisselles stressées de Fred qui pleuvent non-stop dès qu’il est en mode panique optimum, alors que la pression le submerge et l’incorpore de l’intérieur dans sa propre insignifiance. Aujourd’hui y’a autre chose en plus de la peur sous-vide du taff… une viande neuve d’impression, il a dû choper une saloperie pendant ses vacances à Istanbul, un mal qui contracte les canaux fluides de son bide, comme si un gros opossum mort tout liquoreux se resserrait en ballon de pourritures et pressait les caveaux de sa panse. Il se remémore le burger qu’il s’est enfilé la vieille en mode c’est la fin du world défonçons-nous dans les royaumes de lards grillés, de steaks obèses et de fromage mastoc (Adipe Roi), peut-être que c’était la bouffe de trop, celle d’hier, après les nombreux jours à se repeupler les intestins dans les restos touristiques hypertrophiés de monde, gavage en règle qui sécha même souvent ses envies d’hollidays baise par des ronflements lipides. Les cocktails à la goyave et les gambas désossées aux doigts truelles, les mains qui puent l’ail grillé et le crustacé, les montagnes de cacahuètes, les goinfreries d’ananas, son ventre a pris un jeton mémorable, qu’il ballotte tant bien que mal.

Il vomit juste à côté de la laguna familiale. Merde… même pas su viser le manager… c’est reparti pour un tour… démarrage de l’auto, pas zoner plus longtemps à côté de sa flaque, opter pour un ni vu ni connu, laisser tout mûrir là (après tout l’entassement des déchets fait le monde constant, tas de peaux mortes, de merde, de sang, de sperme, de cadavres, et de salive, qu’on planque tant bien que mal dans des aspirateurs, des douches, des vêtements, des mouchoirs et des cercueils, TOUT le monde est coupable). Fred a trouvé une nouvelle place correcte, et il n’a pas vomi, encore mieux. Reste que son estomac est une cafetière hystérique qui commence à brûler son jus, à faisander ses acides, et à se cramer dans ses particules fines et ses ourlets gastriques. Il se grouille, avec un air d’affairement, un air d’affluence, de foule, de remuement, il a l’air d’avoir des choses à faire et il a l’air d’être en retard pour les faire. Les portes battantes automatiques de l’entrée le ralentissent, elles tournent comme des paupières qui ont un truc dans l’œil, mélangent et distribuent les passants pour s’en débarrasser. Il lance un bonjour matinal obsolescent aux gens de l’accueil qu’il ne connaît pas et qu’il oublie très vite (et inversement). Il a une réunion, il fonce, c’est où ? bonjour collègue c’est où putain ?? box merchandasing product owner c’est le Bâtiment B et là il est dans le C alors il doit traverser le D puis il arrive au B, la box vitrine est là, à l’intérieur de laquelle tous ses collègues gesticulent comme des têtes de crevettes sur un tapis broyeur, pour échanger des bonnes pratiques d’objectifs à atteindre dans les meilleurs délais tout en respectant au mieux l’efficacité des processus établis en vue d’une productivité primordiale. Il va faire son entrée triomphale de retardataire, son intrusion dans le sas spatiale de ses collègues en combinaison de gens sérieux et impliqués, dans TROIS, deux, un… mais … vomit… vomit sur la porte en verre et la dégoulinade s’étend comme un pot de crème semi-épaisse, avec une odeur assez inattendue, qu’il n’a jamais sentie à propos de son ventre, une odeur d’herbe tondue, la même lorsqu’il jette le contenu du bac de ramassage dans la poubelle verte, cette effluve gonflée et tiédasse, piquante et jaune. « inventer, c’est penser à côté » (Albert Einstein), auto-collé sur la porte, il a vomi en plein dessus, conséquemment, une nappe splendide, massive, sur Einstein… mais comment peut-il posséder en lui autant de vomi à rendre ? Ce matin, sans grande faim, il s’est juste enfilé une modique tranche de brioche, et ce qu’il contemple sur le vitrage infecté ne ressemble pas du tout à de la brioche en purée. Sa gerbe se compose d’un liquide âpre orange et de multiples petites boulettes blanches comme des espèces de têtes de cotons-tiges. La vue, l’odeur, les collègues interloqués, choqués, éberlués, par tant de réalités corporelles planquées chaque jour sous une belle peau, de beaux sourires, des chiottes nettes, sans poil de bite, sans tampon usagé, planquées sous des cheveux coiffés, lustrés, sous des vêtements propres, sous des bouches pleines de dentifrices au fluor, et sous la moquette qui avale les traces humaines comme un sol cannibale, tout ce vernis se gerçait d’un jet de gerbe de Fred. Une autre portion de gerbe glorieuse titillait déjà son pharynx. Il allait repeindre tout l’espace si ça continuait. Se précipiter aux chiottes tout de suite ! mode urgence climatique.

On le vit courir de toutes ses petites économies de force professionnelle à travers le Bâtiment B, direction la jonction C, où se trouvaient les chiottes les plus accessibles. Les collègues n’en revenaient pas. Certains, dégoûtés jusqu’à l’extrême, prenaient l’air de ne rien savoir, pas facile en vrai, surtout que la clim ne recyclait pas assez vite l’air mafflu d’odeurs végétales qui formaient des poches insoutenables dans l’air. D’autres ne reniflaient rien, piégés à l’intérieur de la box, trop peureux de se confronter à la mare ignoble de vomi perlant jusqu’à la moquette, juste en sortant. Les derniers s’activaient, recherchant un technicien de surface, le grand nettoyeur, le super héros qui garde ces lieux comme un cul propre de bébé. Personne ne prit l’initiative de s’intéresser à ces petits grains de riz minuscules régurgités par Fred dans la flaque orange, en même temps personne ne détaille le vomi des autres, et c’est le technicien de surface qui fit les frais, équipé de gants rose, d’un vapo de javel et d’un chiffon, le pauvre, lorsqu’il commença à arroser la gerbe de solution citronnée, un des grains se décolla des résidus pour s’enfoncer dans l’évidure de son œil droit. Il ressentit une vive brûlure, d’une intensité croissante, il s’était foutu de la javel bordel ou quoi ? Il arracha ses gants en hurlant, pour se frotter l’œil infecté, mais  son orbite n’était déjà plus qu’une boule de feu terrible, qui gonflait, rouge tumescente, et son arcade sourcilière se boursoufla, bientôt insensible et flasque comme un carré de flan violâtre, tandis que sa joue se transforma en une grosse tomate brune, gavée de liquides tièdes en osmose, il ressentait les battements de son cœur mitrailler ses veines, on fit un cercle autour de lui, on s’enquit de savoir s’il n’y avait pas un spécialiste médicale, on appela les secours, le référent secouriste déboula en trombe pour essayer de faire quelque chose qui montrerait sa prise de responsabilité dans toute cette putain d’histoire, mais très vite le technicien n’eut plus d’œil, plus d’orbite, juste un gros bulbe congestionné de matières qui voulaient se décharger au grand jour, exploser sur tout le monde, et c’est ce qui se produisit, tous les jus concentrées dans l’oignon jaillirent, comme une bombe à fragmentations, crachant des bouts de chair congestionnée, de peau sulfurée, et des liquides brunâtres, le groupe fut littéralement aspergés de fond en comble, et dans ces fluides à l’odeur gazonnée de petites graines blanchâtres se dispersaient aussi, atteignant les prunelles, et les yeux contaminés s’enflaient de nouveau. Hurlement, fuite, puanteur. Des humus fertiles des pupilles de chaque collaborateur malchanceux naquirent de grosses fleurs poisseuses qui éructèrent des jus innommables sur l’ensemble des murs blancs customisés de phrases heureuses, et sur toutes les moquettes pelucheuses, et sur tous les bureaux anorexiques et sur tous les ordinateurs, entre toutes les petites lettres des claviers remplis de peaux mortes.

Carnet d’un épidémiologiste revenu des lieux.

Flore invasive, véritable jungle, origine inconnue. S’enracine et se développe dans les yeux, matière nutritive, en remontant le nerf optique et en pompant le cerveau. Le sujet porteur, retrouvé dans les toilettes, avec le ventre ouvert comme un « catalogue de jardinage » (humour de biologiste).

Top #astuce pour réussir sa carrière professionnelle

Régulièrement, la question imbibe votre esprit larvaire comme un sale songe turgide aux gluances de saquedeneu dilaté, et vous êtes alors en proie aux plus sophistiqués remues-méninges intérieurs de votre cerveau framboise aux abois. Suis-je à la hauteur infranchissable du niveau équivalent que l’on attend de moi en toute circonstance au sein de mon entreprise ? Qu’est-ce que je vaux véritablement dans ma vie professionnelle, se moque-t-on de moi dans mon dos comme d’une grosse anguille putride qui sent le dentifrice ? Est-ce que mon sourire est au bon level de sourire pour générer de l’empathie collaborative ou dois-je upgrader mes dents vers la blancheur immaculée d’un non-sexe d’ange et mes lèvres vers l’écartement abyssale d’un rire aux hormones béates ?

 

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Chronique d’Open-Space #1 La piscine

Sniff sniff. Il y a comme une odeur de bocal à poisson dans l’open-space. Sniff. Grosse senteur de piscine, chlore && bain de pieds. Sans doute Stéphanie et Éva qui reviennent d’une session de brasse extensive, se dit Mathieu. 188 longueurs pour gonfler le muscle, verrouiller les nerfs, saturer les poumons. Cette odeur sécrète dans la cervelle de Mathieu des souvenirs scolaires, les jours “piscine” où il devait se retenir de bander comme un bœuf dans son étroit moule-bite tandis que les filles les plus voluptueuses de la classe étranglaient l’eau à coups de brasse pulpo-tonique. 

 

“J’ai besoin d’un merge des datas bundel, tu pourrais t’en occuper ???” Lui demande Éva en posant ses deux mains sur le bureau de Mathieu, un sourire arrondi comme une bide de gorille suspendu au visage.  Il n’a pas du tout envie de le faire, ça le gonfle à l’extrême. Et puis les relents de chlore le déconcentrent, tellement de souvenirs qui remontent, une chape de glucose versatile, des fraises tagada qui s’attendrissent dans sa tête comme des éboulis rose. Merger merger ok ok je m’en charge dans l’heure…promis…
“il y a une drôle d’odeur ici…”  s’étonne Eva en creusant son cerveau pour identifier l’effluve ça sent le chlore conclut-elle.

“Tu métonnes vous revenez de la piscine”
“non … finalement je n’ai pas été avec Stéphanie… c’est toi qui sens le chlore.”

Euh… non non… pas du tout… je ne comprends pas…” 

Mathieu se renifle. Effectivement, l’odeur est poignante de chlore.

“Enfin en tout cas si tu pouvais m’envoyer la compile bundel… thx 🙂 “

 

Elle retourne à son bureau, laissant Mathieu stupéfait. Il se lève et se rend aux chiottes pour se renifler abondamment comme une espèce de caniche excité par des pisses sèches. L’odeur est franche, volumineuse. Elle surpasse même l’âcreté de l’urine dans la pièce. C’est comme s’il était un de ces putains de dauphins tristes infusant dans une piscine à vie, un aqualand magique où l’on te gave de sardines argentées et de médicaments anti-stress. Il sent sa main littéralement gorgée de chlore. Putain c’est quoi ces conneries. Il se lave les mains en frottant très fort avec le savon liquide à l’amande douce, puis termine soigneusement par une solution hydroalcoolique. Il frotte à s’en rougir les pores. Mais l’odeur reste en place, inébranlable. 

 

Ado, 17 ans, il se souvient de Priscilla. Elle portait un nom pourri de série américaine, et il était toujours gêné par sa propre viande devant celle de Priscilla, il ne savait pas où foutre son corps d’empoté moite, son petit ventre joufflu, sa peau de crème pâtissière, il aurait bien voulu s’enfoncer dans un grand étui à corps, à la manière d’un étui à lunettes, pour se planquer dans une réalité parallèle noire et duveteuse. Mais il n’avait que sa peau dégoulinante et un slip de bain idiot. A la regarder nager, limpide, son cerveau disjonctait, comme une crevette cuite, la tête prête à se exploser dans un fracas de jus grumeleux.


Il retourne à son poste de travail. Le chlore est plus intense que jamais, il émane de lui comme un spectre de piscine, une aura de joyau bleu. Il commence à s’inquiéter. Problème de santé ? Il lance une recherche je sens le chlore, très rapidement il tombe sur un forum médicale << vous sentez le chlore, symptôme et traitement >>. Il lit en diagonal. L’odeur de chlore peut provenir d’une déficit en enzymes bicarbonatées – ou alors c’est le résultat d’une carence protéiforme en metavitamine – les vaisseaux sanguins se replient sur eux, formant des nœuds vénériens – les pores de la peau libèrent une odeur amplifiante de chlore. Il déplie la rubrique “conséquences”. La principale conséquence est une transformation sous quatre heures en dauphin mort. En dauphin mort ????
Pourquoi pas en dauphin vivant? Bordel de putain de merde où il a chopé un truc pareil ? Mode de transmission : conduit anal, cheveux gras, aisselle poisseuse.

 

“Tu as pu faire mon merge ? Éva revient à la charge. Il la regarde. ça n’a pas l’air d’aller… T’as une tête de porcelaine chinoise et cette odeur de chlore c’est incroyable…”
“Je suis hyper malade je crois que vais mourir dans quelques heures et avant devenir un homme dauphin…”

Éva écarquille ses yeux dans une surprise totale

“Une chlorite ? Putain t’as une chlorite ?”
“Je crois.”
“Je vais me laver les mains tout de suite… (elle angoisse, ses yeux ressemblent à des poitrines de musaraignes)… le mieux je crois c’est que tu changes de bureau… (elle désigne d’une main tremblante comme de l’eau trouble le fin fond de l’open-space, là où l’on met les parias stagiaires et les fougueux intérimaires)
“d’accord… tu… tu connais cette maladie ?”
“mon cousin est mort l’année dernière oui… mais tu sais c’est possible de survivre même en dauphin, c’est juste que tu as des branchies…”
“ça n’a pas de branchies un dauphin !…”
“Oui un trou sur la tête”

 

Mathieu emporte ses affaires dans son coin, un cahier raturé de to do list, des photos de sorties entre collègues (comme ce laser game tellement drôle où on pouvait tuer tous ses collègues pour de faux 😀 ), son ordinateur portable, son mug avec la constellation du scorpion qui apparaît dès qu’il verse de l’eau bouillante. Au loin, Éva et Stéphanie passe tous les bureaux à la lingette hydroalcoolique, en portant des masques de protection comme les japonais. Certains collègues, dont il appréciait la réactivité et la compagnie au quotidien, lui adresse, au loin, des signes de la main, avec un sourire d’encouragement résigné et une tendresse infinie de bébé paresseux. ça sent le triste. Mathieu a du mal à se concentrer sur son travail, sachant qu’il va finir en dauphin mort. Déjà sa peau s’est grisée, en plus de devenir plus douce qu’un épiderme de bébé. Il abandonne ses chiffres, erre sur internet à la recherche d’une piscine gonflable pour chez lui. Il se décide sur une promotion, -20%, elle a l’air confortable, après tout, s’il survit, il lui faudra bien vivoter dans l’eau. Une nageoire dorsale commence à le démanger dans le dos, et un trou se forme sur sa nuque. 

 

Dire qu’il passera le reste de sa vie à donner l’impression de rire comme un con. Qu’il bouffera des sardines crues avec les yeux et les intestins encore plein de merde. A la limite, il le faisait déjà avec les crevettes qu’il ne dévenait jamais, il avalait le petit cordon noir plein de bouse de crevette en même temps que la chair blanche et crémeuse. ça le rassure, c’est jouable. Dire que ses organes sexuels seront internes. ça peut être rigolo. Dire aussi qu’il devra vivre avec sa propre merde diluée dans l’eau. C’est spécial. Lentement son front s’est bombé comme un gros ballon de basket. Il a mal au crâne, prend de l’aspirine et un traitement à l’opium pour alléger les douleurs qui mâchent son dos et son crâne. Il fait un selfie de sa tête en mutation qu’il publie sur twitter en commentant la vie est pleine de défis qui nous permettent de relever la tête et de regarder droit dans les yeux son destin. Aujourd’hui je vais devenir une baleine, peut-être mourir, mais si jamais je survis je relèverai tous les défis de ma nouvelle condition aquatique.

 

Mail de Mathieu Bogard
Chers collègues, chères collègues,
C’est avec une émotion tintée de sifflements que je vous envoie ce mail d’au revoir. Mon corps fait des glouglous de navire sombrant dans les eaux australes, tandis que mes mains devenues des nageoires palment mon clavier avec lourdeur et fautes de frappe. J’ai été très heureux de partager ces nombreux moments de travail en votre compagnie, vos sourires, votre enthousiasme et votre réactivité m’ont perpétuellement impressionné. A présent que je respire de plus en plus mal et que je m’arrose toutes les 3 minutes à la fontaine, je ne pouvais manquer l’ultime occasion de vous dire un grand merci à tous et une bonne continuation. Je terminerai juste ce mail par un citation de Cousteau : “Le bonheur pour une abeille ou un dauphin est d’exister, pour l’homme, de le savoir et de s’en émerveiller”. Je quitte un bonheur pour un autre. Merci.

4 exemples de discours pour un pot de départ d’entreprise !

Vous vous demandez ce que vous allez bien pouvoir dire à vos collègues lors de votre pot de départ ? No problemo, je vous propose quatre exemples de discours à reprendre selon vos envies !

des collègues fêtent un pot de départ a

Le discours d’au revoir.

Au revoir mes collègues au revoir mon entreprise au revoir mon bureau au revoir ma chaise qui a épongé la sueur de mon cul au revoir mon ordinateur au revoir mon clavier qui a mes peaux mortes dans ses interstices digitaux au revoir ma souris avec laquelle j’ai cliqué partout sur l’écran et c’était rigolo au revoir ma corbeille au revoir la poutre de béton qui me servait de voisin et de guide spirituel au revoir le bureau vide comme le cœur d’un vautour au revoir le gros thermos a café qui giclait un maelstrom frétillant pour cumshot mon mug de noël de sève noire au revoir tapis délavé moche comme un poux qui pue le gnou au revoir manager pas content au regard anéanti de désespoir pris à la gorge par des chiffres des zéros qui le pendent et des crochets de 1 qui l’étripent va te faire cuire un neuf au revoir cantine design avec Oscar Wilde qui dit “soit toi-même les autres sont pris”, les autres sont sur-pris, les autres sont en surproduction d’être pris, et Walt Disney qui dit “réalise tes rêves”, les rêves qu’on t’a mis dans la tête les rêves de la petite sirène de se noyer sur terre, et Martin Luther King qui dit “blablabla” au revoir micro-onde lolonde lolonde tu me donnas de bonnes ondes micro-ondes des ondes bien onduleuses au revoir porte d’entrée avec carte sécurisée vigile musclée vitre blindée caméra cachée au revoir immeuble standard tchao petite rue.

 

Le discours de l’émotion.

J’ai le cœur plein d’émotions à l’heure où je vous quitte, le cœur plein de gros morceaux d’émotions qui nagent sourdement, plein de bestioles roses fluctuantes au pelage de dalaï-lama, oui douces comme le dalaï-lama, j’ai le cœur strié de lamelles de tendresse aux bactéries visibles au microscope qui se font des bisous, j’ai le cœur comme un navet démêlé dans le jus de cuisson mijoté d’un pot-au-feu, j’ai le cœur gras de beurre demi-sel, comme si je l’avais tartiné de sang et de confiture, j’ai le cœur jaune comme une goyave heureuse, le cœur juteux des fruits de la passion, le cœur comme une hélice d’hélicoptère qui détaille mes souvenirs de bureau pour former une pluie d’étoiles sablonneuse.

 

Le discours de la réussite.

C’est avec grande humilité et beaucoup de sincérité que je voudrais vous souhaiter une bonne continuation. Que votre carrière professionnelle vous permette de gagner un max de flouz pour pouvoir acheter des bocaux korkens ou des bocaux vardagens à Ikéa et mettre dedans des cornichons avec du vinaigre ou des animaux morts avec du formol ou encore des noix de cajou ça se mange sans fin mais aussi pour pouvoir acheter une tondeuse à gazon électrique Einhell sur Amazon pour avoir une belle pelouse bien nette bien à ras comme la tête d’un militaire et ensuite pour les beaux jours pour pouvoir acheter une piscine sol et spa intex rond à Leroy Merlin et boire des cocktails d’agrumes bleus et baiser dans les bulles et noyer ses enfants.

 

Le poème attendrissant

Vous êtes super gentils

vous avez un beau fond qui m’attendrit

pas un fond de néo-nazi

c’est ça qui compte au fond de soi-même dans les replis

d’avoir un bon fond pas néo-nazi

du coup je vous remercie

et je vous dis bonne chance dans la vie