Don

je donne mes os
à l’amical associatif des toutous abandonnés
pour qu’ils aient un bon bout à ronger
les dimanches pluvieux
quand ils ont la patte déprimée
et la truffe abattue
je donne mon courage à ceux
qui en ont encore moins que moi
comme ça ils en auront
tout de même assez pour tenir le coup
je donne mon katana
au vent
pour qu’il tranche les orages
en trèfles à quatre feuilles
et les éclairs
en chocolat
je donne mes organes vitaux
qu’ils aillent vitaliser autre chose
les pauvres ! je n’ai jamais cru en eux
qu’ils aillent là où ils se sentiront bien
pour une vie meilleure
je donne mon sang
au collectif #vampiremaispasmonstre
ils sont sympas j’en ai croisé un
à la journée internationale du don du sang pour les vampires sans méchanceté
– sa parole était pleine d’amour
je donne mes baskets à mon ombre
puisqu’elle n’arrête pas de les coller
comme un pansement
comme si marcher dans ce monde
ouvrait des cicatrices
je donne mon humour noir à la déchiqueteuse
qu’elle broie le noir de mon humour
et mon humour avec
je donne mes tendons à Robin des bois
qu’il fasse un arc et bute des riches
je suis pour
je donne mes mains aux destins
ça lui fera plus de doigts
pour contrôler plus de vies
je donne mes dents
au Kazakhstan
parce que ça rime
je donne mes ongles au soleil
pour qu’il s’agrippe à la terre
et ne disparaisse pas au loin
je donne mon cerveau à la NASA
pour qu’ils l’envoient planer comme un demeuré
par delà les hémisphères
et je donne mon nez
à ceux qui n’en ont rien à curer

Boule

remonter la couverture
jusqu’aux yeux
ne plus rien voir du monde
mais juste ce qui est tiède
aimant
blotti en boule
juste ce qui se tasse et s’engourdit
emmitoufler nos souffles
camoufler l’herbe des cheveux
enterrer nos murmures
marrants petits vers de terre
entre les plis pensifs
découvrir qu’on a pas d’ombre
et que le soleil peut se garder au chaud

Je pense à

ça y est
je pense à la mort
pourtant j’ai ma casquette rouge
auréolée d’une crevette blonde
j’ai mon pull de Noël avec un castor bêtement
j’ai plein d’idées plein d’imagination
la nuit d’hier était pleine d’amour
mes mains sont sans douleur liée
à un travail pénible
mes lèvres brûlent d’eau propre juste après ma douche
mes yeux ne voient rien que je déteste
particulièrement
rien qui ne me détruise le cœur
les plantes poussent bien dans ma maison
il y a de la lumière
elles reçoivent l’attention qu’elles méritent
le temps est pluvieux
mais la pluie est sincère
elle ne triche pas elle s’infiltre partout
j’écoute une électro japonaise
qui ressemble à une montagne rouge
ou à quelques caillots jaunes
dans les cumulonimbus entre chien et loup
ça y est
je pense à la mort.

ça watts ?

ça Watts ?

ça vous branche des électrodes plein les yeux ?

lisez Watts, revue qui sur-volt.

ré-volt.

du petit lait électrique.

multiprise de la poésie.

plutôt que néantique : néontique.

à fleur de pile.

panneaux molaires.

photovoltaïque crotte de bique.

ça watts ?

à-peu-près

à-peu-près les yeux en face des trous
à-peu-près l’inverse
les trous au fond des yeux
à-peu-près équilibré comme la petite sirène
par des flottaisons internes des poches propres
intimes
qui maintiennent au-dessus du niveau de la mer
à-peu-près bon pour la casse
à-peu-près cassé pour de bon
à-peu-près content de faire la guerre
faisons la guerre et dansons au festival techno de la vie
il y aura toujours un type à-peu-près à tête de singe pour nous surveiller de trop près
la banane au bec
à-peu-près la tête dans les étoiles
où c’est irrespirable
mais putain de beau
comme quand on brûle un pneu
dans une campagne brune
à-peu-près avec trop de lendemains
trop de lendemains qui grouillent
des boas constrictors
les jours s’écoulent dans leurs gorges d’amour
des petites chèvres innocentes
qui n’ont rien compris à tout ce foutoir
à-peu-près aussi magnifique qu’un dieu
plus moche qu’un pou
dodu comme un ouragan
à-peu-près le cœur sur la main
plus glissant qu’une savonnette
à-peu-près la bouche en cul de poule 
la bouche élevée en batterie de culs de poules déplumées
la bouche en cul de poule déprimée
à-peu-près tes fesses qui s’enfuient comme une étoile filante
tes fesses sublunaires
où se posent des mini-cosmonautes fiers de leur pays
des couillons aveugles
à-peu-près l’image d’une montagne 
où clipser ma colonne vertébrale
et la forêt primaire foisonnerait de mon nombril
et un lac nicherait à l’encorbellement de mon téton droit
pour que les gnous exotiques y engluent leurs babines
à-peu-près pas de répit
à-peu-près quelques épis
rarement
franchement rarement
mais vachement chiant
à-peu-près prêt à gratter tes magnifiques lèvres
pour gagner 5 bisous
8 suçons ou 6 
mordillements
à-peu-près envie de brûler la maison mère
le gros cargo
de la méduse
l’arche à pognon
avec tous les animaux pognons qui veulent échapper au déluge
à-peu-près envie
de dormir sur le dos d’une baleine gentille
et immense. 

Tes doigts sont des obus

Tes doigts sont des obus
de matière amoureuse
Qui déblaient le ciel
l’abattent comme du plâtre

Tes doigts sont dévisseuses
qui vissent mes yeux
ma structure se casse en deux
et on me ramasse à la pelle
avec des fleurs bleus
et mon cœur de connard bondit à 8000 mètres
au-dessus des sonars
là où les cosmonautes pissent dans des tuyaux
et mangent des sandwichs volants

Les routes sont
obstruées
des gros bouchons partout
des amas de clones de gens
qui recherchent l’originalité
et que la mort ramasse dans un camion poubelle
bien dégueulasse
avec un air de s’en foutre royalement
ça sent d’ici que les chemins sont défigurés
nous n’en prendrons aucun
autant rester sur place
disparaître avec les derniers animaux
le dernier chat le dernier poisson rouge
le dernier des Mohicans

J’aurais aimé prendre les âmes des bêtes mortes sur les routes
et te faire un collier de macaronis
les effilocher
et plonger à l’intérieur
avec tous nos vertiges et nos vestiges
qu’on ne se prenne pas la tête
loin des escargots cloués au sol
dans de bêtes morves
juste à boire la pluie du ciel fraîche comme un soda
ressentir les rayons du soleil
à la cime

Des rêves difficiles à saisir
Des rêves
comme des châtaignes
à se balancer pour écorcher la peau
de nuit et de sommeil
des impacts de mésanges
et nos lèvres comme de grosses babines
de clébards en chien
la source des puces qui nous démangent
le ventre en vain

Tes doigts sont des obus
qui bombardent les pays ennemis,
sans scrupule,
assomment les guerriers
de grenade à la grenadine,
sans pitié,
laissant des traumatismes à la pioche
des cadavres aux allures de framboise
qui rougissent d’amour
et empestent le chagrin

Impuissant

Je pourrai pas faire grand chose
Tu sais
Quand ça arrivera
Tu sais
Quand les étoiles ne colleront plus
Qu’on lira sur les lèvres rien à foutre
Qu’on empilera les mots comme des coquillages cassés
est-ce qu’un diamant peut être sec
est-ce qu’un chagrin peut être rouge
comme une framboise
Quand on aura les yeux pour regarder ailleurs
Que les oiseaux emporteront des fléaux dans le bec
Que les poules auront des dents plus longues que des couteaux de cuisine
est-ce que les mains ont un seuil avant d’être nuisibles
est-ce qu’un beau jour traîne de la pluie dans ses baskets
comme une clairière
Quand le courant passera plus
que les racines seront révulsées
et le cosmos en compote
Je pourrai pas faire grand chose
tu vois.

XXIe siècle

trouille de crever
là comme une merde
la bouche plus sèche qu’une mue de serpent
les yeux fromage blanc
livides
trouille de crever trouille de survivre
comme un automate en carton-pâte
trouille de ne pas pouvoir suivre
le rythme
d’être à la traîne
en tête à queue
là où on se fait bouffer en silence
mâcher religieusement
avaler soigneusement
trouille d’aller bosser
trouille de ne plus rien foutre
trouille du chômage
trouille du conseiller pôle emploi
qu’il me demande mon projet professionnel
de répondre
te baiser jusqu’à l’os
empiler tous tes trous sur ma bite
comme des anneaux magiques
qui me donneront le pouvoir du chaman
TRAVAIL GARANTI A VIE AMOUR SERIEUX CHANCE AU LIT
trouille d’aimer
à m’en faire ramasser à la petite cuillère
à m’en décalotter les yeux grands ouverts d’abîmes bandantes
à m’en luxer le ciel
trouille de tout foutre en l’air
d’envoyer tout bouler
dans la voie lactée
aux quatre tords-boyaux du monde
Styx pouilleux de rats purifiés
et de tortues ninjas desséchées
trouille d’avoir un trou dans l’estomac
grand comme ça O
un grand trou grand comme ça qui aspire ma nourriture et mes illuminations
trouille d’avoir un creux à l’estomac
un petit creux petit comme ça 0
une dalle phénoménale pas banale
une dalle de tous les diables
trouille d’un sexe pas dans les normes
trouille d’un visage lambda conforme
trouille de ne pas bien me glisser dans la boite à idées
dans la viande à vider
dans l’industrie à débiter
à dépecer des sourires
des je vais bien tout va bien
les licornes sont bleues comme des hématomes
et dans les hentaïs les vagins sont des oueds à paillettes
trouille de me barrer
d’aller voir ailleurs si j’y suis
si t’y es
trouille de virer mon cul de là
sur ordre de l’état major
l’état minotaure
trouille de faire les cents pas vers les cents cieux
de marcher tête haute en bas
yeux baissés en haut
trouille de ma jarre crânienne
trouille de mes os pelviens
trouille du dieu pourrissant
trouille du diable repoussant
trouille de tomber dans le panneau
et trouille que le panneau soit en sens interdit
en cul de sac y’a rien à voir
trouille des abattoirs
où ça sent la ferme et le fer
le cochon qui transpire des veines
le veau qui s’urine dessus
la brebis galeuse
100% bio
trouille de l’odeur de sainteté des malsains de l’odeur des aisselles des archanges de l’odeur huileuse des plumes de canards des archanges
trouille du cancer des couilles
trouille des vitamines C des hépatites A des plans Q des jours J des rayons X des fichés S
trouille qu’il t’arrive quelque chose
un faux pas un mauvais présage
du mauvais sang un karma cassé
coincé entre les dents des sales lendemains
des lendemains qui sentent la forêt rôtie
l’aisselle salée des CRS
l’eau de mer noyée
trouille qui ne se passe rien
trouille des vers de terre dans les yeux
des papillons dans le ventre des crabes sur la langue des poulpes entre les vertèbres
des hippopotames au fond de la bedaine des milles-pattes en fœtus dans le nombril
des araignées au plafond
des chauves-souris dans les sourcils des truites dans le nez
des coccinelles dans la cervelle
trouille du pays des merveilles trouille de la nation pornographique x-racine x-tradition x-patrie x-souche
trouille d’être pneumatique
caoutchouteux
mou mou mou
trouille de me déballer
de m’emballer
de me remballer
et de me consommer comme un burger à la salade grise
trouille
de m’enflammer de me refroidir
trouille du boss trouille que le boss me parle trouille qu’il me dise bosse
sois créatif et tais-toi
sois force de proposition et nique ta mère
il n’y a pas de problème juste des solutions tête de con
trouille qu’il se déguise en père noël, boive une canette de coca
et chie sur le sapin de noël
sur les enfants qui pleurent sur la grand-mère qui crie
trouille d’être en extinction et de me retrouver sur le site de la WWF
trouille de vomir mes restes de pizza sur le panda de la WWF
trouille d’avoir les os comme des baguettes chinoises
qui pincent mon ramen trouble à l’intérieur
mes champignons sous-vides à l’intérieur
trouille d’être sur la corde raide
la pente froide
sur le fil du rasoir
de me retrouver dans l’estomac d’un cachalot
sans espoir
les pieds dans l’eau
avec l’odeur de calamars morts
dégonflés
trouille de me retrouver
dans un endroit noir où ça ne sert plus à rien de mentir
de me mentir
de faire semblant
de planquer ma tête sous le tapis
sous l’oreiller pour plus rien entendre
pour fermer nos bouches
trouille d’être
inaperçu pas perçu
entraperçu
trouille d’être invisible
à poils invisible
trouille d’être indélébile
pas lavable
pas solvable
pas rentable
trouille d’être un trouillard
qui s’enfuit dès que t’as le dos tourné le poing levé
les yeux crevés
les mains jointes
le cœur
lourd.