Poème de cheveux

Chez le coiffeur
Il y a des cheveux partout
Des cheveux sans chevelure
Des cheveux perdus sur le carrelage
Noyés sur les sièges en cuir noir
Des cheveux dans les poches de manteaux
Des cheveux dans les robinets
Dans les doigts de l’eau
Des cheveux dans les lumières
Du plafond
des cheveux dans l’électricité
Et de l’électricité dans l’air et donc des cheveux dans l’air
Chez le coiffeur
Des cheveux secs sans chevelure dans le souffle du sèche cheveux
Des cheveux édentés sur le peigne échevelé
Des cheveux dans le shampoing doux
Des cheveux dans la laque
Il y a des lacs de cheveux dans la laque
Chez le coiffeur
Il y a des cheveux dans la bouche
Une bouche engourdie de cheveux
À ras bord
Une touffe de bouche de cheveux à ras bord
Et une langue chevelue
Chez le coiffeur
Il y a des cheveux sur le cœur
Qui protègent de la pluie
Et qui tiennent chauds
Il y a des cheveux dans la radio
Dans les ondes streaming de la radio
Et dans le morceau de Rihanna
il y a des cheveux qui ondoient
Chez le coiffeur
on paye en cheveux liquides
Et on adresse un sourire avec un cheveux coincé entre les dents
Puis on prend un bonbon aux cheveux
Avant de sortir
De chez le coiffeur

gros poème

où est mon summer body ?
ma viande de soleil cuite entre la vie
et la mort
le jour et la nuit
où es-tu ô mon summer body love
mon corps d’été
limpide comme une crème glacée
où sont
mes biscottos craquants comme des cracottes
mes biceps triceps quadriceps quintuceps
heptaseps et septceps
où sont mes nineteen nineteen ceps ?
où j’ai mis mon dernier nerf nerveux ?
mon dernier tendon tendu ?
tous tordus maintenant mes tendons détendus…
où j’ai mis mon pouls impulsif ?
noyé dans mon mou massif ?
où j’ai mis ma veine remontée à bloc ?
et mon cœur centrifuge ?
et mon poumon à pulpe ?
mon œil cogneur
et mon t-shirt moulant ?
où j’ai foutu mon muscle de poème ?

lambda

Les mains derrière les os
Coquelicots dans les jambes
je plie une prairie dans ma poche
Elle est lourde et pleine d’eau
les mini-vaches qui vivent dedans
N’ont plus de ciel
à se mettre sous la dent
Un peau rouge dans ma chair perd des plumes partout
Mais je m’envole pas pour autant
Je reste cloué au sol
A me désenchanter par les trous du nez
La friture du cosmos
La double cuisson de la pluie
Les nuages rôtis
J’ai pris le temps d’écrire ce que je pensais
D’un monde parallèle où j’aurais huit bouches
Pour dire que tout va bien
Huit fois à la fois et m’en convaincre
Parce que là avec une seule je me suis perdu à l’intérieur
Je vois pas trop où je veux en venir
Et je perds le nord
J’aimerais reprendre du poils de la bête
Mais j’ai plus aucun nombril à mâchonner
Pour revenir au point de départ
Au fichier source
C’est en rupture de stock ces choses-là
Depuis l’épidémie
D’impersonnalité
Tout le monde a voulu se prémunir
De n’être plus personne
Alors je fais avec
Je prends mon mal en patience
J’étudie des propositions de vie
posées sur la table
« Devenez un neutrino
C’est rigolo
Pas de frais d’entretien »
« Devenez
Un poulet à huit têtes
Pour picorer huit fois plus vite
Et courrir 7 fois décapité »
« Devenez une pile de sexe à pile »
« Devenez un polymorphe
Pour ressembler à Brad Pitt
Ou Angelina Jolie »
« Devenez une arme de destruction massive
Et déversez vous
Où bon vous semble »
Et je reste indécis
Comme une plante grasse qui voudrait faire du sport

Don

je donne mes os
à l’amical associatif des toutous abandonnés
pour qu’ils aient un bon bout à ronger
les dimanches pluvieux
quand ils ont la patte déprimée
et la truffe abattue
je donne mon courage à ceux
qui en ont encore moins que moi
comme ça ils en auront
tout de même assez pour tenir le coup
je donne mon katana
au vent
pour qu’il tranche les orages
en trèfles à quatre feuilles
et les éclairs
en chocolat
je donne mes organes vitaux
qu’ils aillent vitaliser autre chose
les pauvres ! je n’ai jamais cru en eux
qu’ils aillent là où ils se sentiront bien
pour une vie meilleure
je donne mon sang
au collectif #vampiremaispasmonstre
ils sont sympas j’en ai croisé un
à la journée internationale du don du sang pour les vampires sans méchanceté
– sa parole était pleine d’amour
je donne mes baskets à mon ombre
puisqu’elle n’arrête pas de les coller
comme un pansement
comme si marcher dans ce monde
ouvrait des cicatrices
je donne mon humour noir à la déchiqueteuse
qu’elle broie le noir de mon humour
et mon humour avec
je donne mes tendons à Robin des bois
qu’il fasse un arc et bute des riches
je suis pour
je donne mes mains aux destins
ça lui fera plus de doigts
pour contrôler plus de vies
je donne mes dents
au Kazakhstan
parce que ça rime
je donne mes ongles au soleil
pour qu’il s’agrippe à la terre
et ne disparaisse pas au loin
je donne mon cerveau à la NASA
pour qu’ils l’envoient planer comme un demeuré
par delà les hémisphères
et je donne mon nez
à ceux qui n’en ont rien à curer

Boule

remonter la couverture
jusqu’aux yeux
ne plus rien voir du monde
mais juste ce qui est tiède
aimant
blotti en boule
juste ce qui se tasse et s’engourdit
emmitoufler nos souffles
camoufler l’herbe des cheveux
enterrer nos murmures
marrants petits vers de terre
entre les plis pensifs
découvrir qu’on a pas d’ombre
et que le soleil peut se garder au chaud

Je pense à

ça y est
je pense à la mort
pourtant j’ai ma casquette rouge
auréolée d’une crevette blonde
j’ai mon pull de Noël avec un castor bêtement
j’ai plein d’idées plein d’imagination
la nuit d’hier était pleine d’amour
mes mains sont sans douleur liée
à un travail pénible
mes lèvres brûlent d’eau propre juste après ma douche
mes yeux ne voient rien que je déteste
particulièrement
rien qui ne me détruise le cœur
les plantes poussent bien dans ma maison
il y a de la lumière
elles reçoivent l’attention qu’elles méritent
le temps est pluvieux
mais la pluie est sincère
elle ne triche pas elle s’infiltre partout
j’écoute une électro japonaise
qui ressemble à une montagne rouge
ou à quelques caillots jaunes
dans les cumulonimbus entre chien et loup
ça y est
je pense à la mort.

ça watts ?

ça Watts ?

ça vous branche des électrodes plein les yeux ?

lisez Watts, revue qui sur-volt.

ré-volt.

du petit lait électrique.

multiprise de la poésie.

plutôt que néantique : néontique.

à fleur de pile.

panneaux molaires.

photovoltaïque crotte de bique.

ça watts ?

à-peu-près

à-peu-près les yeux en face des trous
à-peu-près l’inverse
les trous au fond des yeux
à-peu-près équilibré comme la petite sirène
par des flottaisons internes des poches propres
intimes
qui maintiennent au-dessus du niveau de la mer
à-peu-près bon pour la casse
à-peu-près cassé pour de bon
à-peu-près content de faire la guerre
faisons la guerre et dansons au festival techno de la vie
il y aura toujours un type à-peu-près à tête de singe pour nous surveiller de trop près
la banane au bec
à-peu-près la tête dans les étoiles
où c’est irrespirable
mais putain de beau
comme quand on brûle un pneu
dans une campagne brune
à-peu-près avec trop de lendemains
trop de lendemains qui grouillent
des boas constrictors
les jours s’écoulent dans leurs gorges d’amour
des petites chèvres innocentes
qui n’ont rien compris à tout ce foutoir
à-peu-près aussi magnifique qu’un dieu
plus moche qu’un pou
dodu comme un ouragan
à-peu-près le cœur sur la main
plus glissant qu’une savonnette
à-peu-près la bouche en cul de poule 
la bouche élevée en batterie de culs de poules déplumées
la bouche en cul de poule déprimée
à-peu-près tes fesses qui s’enfuient comme une étoile filante
tes fesses sublunaires
où se posent des mini-cosmonautes fiers de leur pays
des couillons aveugles
à-peu-près l’image d’une montagne 
où clipser ma colonne vertébrale
et la forêt primaire foisonnerait de mon nombril
et un lac nicherait à l’encorbellement de mon téton droit
pour que les gnous exotiques y engluent leurs babines
à-peu-près pas de répit
à-peu-près quelques épis
rarement
franchement rarement
mais vachement chiant
à-peu-près prêt à gratter tes magnifiques lèvres
pour gagner 5 bisous
8 suçons ou 6 
mordillements
à-peu-près envie de brûler la maison mère
le gros cargo
de la méduse
l’arche à pognon
avec tous les animaux pognons qui veulent échapper au déluge
à-peu-près envie
de dormir sur le dos d’une baleine gentille
et immense. 

Tes doigts sont des obus

Tes doigts sont des obus
de matière amoureuse
Qui déblaient le ciel
l’abattent comme du plâtre

Tes doigts sont dévisseuses
qui vissent mes yeux
ma structure se casse en deux
et on me ramasse à la pelle
avec des fleurs bleus
et mon cœur de connard bondit à 8000 mètres
au-dessus des sonars
là où les cosmonautes pissent dans des tuyaux
et mangent des sandwichs volants

Les routes sont
obstruées
des gros bouchons partout
des amas de clones de gens
qui recherchent l’originalité
et que la mort ramasse dans un camion poubelle
bien dégueulasse
avec un air de s’en foutre royalement
ça sent d’ici que les chemins sont défigurés
nous n’en prendrons aucun
autant rester sur place
disparaître avec les derniers animaux
le dernier chat le dernier poisson rouge
le dernier des Mohicans

J’aurais aimé prendre les âmes des bêtes mortes sur les routes
et te faire un collier de macaronis
les effilocher
et plonger à l’intérieur
avec tous nos vertiges et nos vestiges
qu’on ne se prenne pas la tête
loin des escargots cloués au sol
dans de bêtes morves
juste à boire la pluie du ciel fraîche comme un soda
ressentir les rayons du soleil
à la cime

Des rêves difficiles à saisir
Des rêves
comme des châtaignes
à se balancer pour écorcher la peau
de nuit et de sommeil
des impacts de mésanges
et nos lèvres comme de grosses babines
de clébards en chien
la source des puces qui nous démangent
le ventre en vain

Tes doigts sont des obus
qui bombardent les pays ennemis,
sans scrupule,
assomment les guerriers
de grenade à la grenadine,
sans pitié,
laissant des traumatismes à la pioche
des cadavres aux allures de framboise
qui rougissent d’amour
et empestent le chagrin

Impuissant

Je pourrai pas faire grand chose
Tu sais
Quand ça arrivera
Tu sais
Quand les étoiles ne colleront plus
Qu’on lira sur les lèvres rien à foutre
Qu’on empilera les mots comme des coquillages cassés
est-ce qu’un diamant peut être sec
est-ce qu’un chagrin peut être rouge
comme une framboise
Quand on aura les yeux pour regarder ailleurs
Que les oiseaux emporteront des fléaux dans le bec
Que les poules auront des dents plus longues que des couteaux de cuisine
est-ce que les mains ont un seuil avant d’être nuisibles
est-ce qu’un beau jour traîne de la pluie dans ses baskets
comme une clairière
Quand le courant passera plus
que les racines seront révulsées
et le cosmos en compote
Je pourrai pas faire grand chose
tu vois.