Complainte de qui n’a plus ses os

j’en avais marre alors
j’ai brûlé tous mes os
au fond du jardin avec les feuilles mortes
et les punaises de lit
c’est plus relax
maintenant
j’ai plus besoin de m’appuyer nulle part
avant je tenais tout le bordel de mon organisme
bien droit
en tout cas à la verticale
chaque jour
je l’accrochais à des chaises
ou des rampes d’escaliers
des clinches de porte
des trottoirs
maintenant tout est plus simple
sans os
c’est vraiment détente
je recommande
j’ai plus qu’à me traîner
comme un blob drôle
sans trop l’ambition
d’atteindre une posture quelconque
une situation en courbe ascendante
dans le monde
maintenant je roule
espèce de chewing-gum sans vergogne
une patate trop cuite
une balle magique
sur la moquette
ça fait rire les collègues
et mon nouveau job me plaît
préposé à l’anti-stress
on me malaxe jusqu’à l’os que personne ne trouve
on me pétrit
en rêvant de pains étranges
dans des vallées sans pression des vallées volantes où
l’herbe plane au-dessus des nuages
les chiens me mâchouillent dans le quartier
les enculés
ils me prennent pour leur poulet en caoutchouc
c’est le hic
mais on s’habitue

Rêve que j’ai pas fait

t’as l’empire glacé de tes
dieux pathétiques
sous la langue
comme un compost gras
un lendemain de cuite feutrée
où t’as trop parlé
prends un avocat
fais-toi beau
propre et impeccable
pour le tribunal correctionnel
VOUS ÊTES ACCUSE d’avoir dit que le président des nations du monde est
une pute cannibale qui s’auto-suce le cul avant de dévorer sa mère comme une chienne tout en chiant sur le visage de sa salope de ministre
qu’avez-vous à répondre à ça ?
Bah…
je m’enfuis
clef des champs
disparition ninja
pyjama de buée
boule puante
ni vu ni connu
go les cimes
voir des fleurs en forme de tresse
bouffer des moucherons dans du jus d’abricot
contempler le circuit court du houblon vers le brasseur et le brasseur vers ma canette
et mon pipi sur la vigne
court-circuiter le court circuit
se servir dans le poitrail des forêts
des sangliers moches
des biches foireuses
des grenouilles bancales
tandis que quelques naïades se tripotent dans la rivière de corail
dévorent des truites étincelantes
comme du bacon grillé
l’une d’elle se transforme en humain de tous les jours
et va au boulot
elle bosse dans l’usine à bonbon
qui sent le porc liquide
à l’orée
c’est dingue ça
les gendarmes me retrouvent
ils se disent que c’est bien le type qui a tué huit greffiers dans sa course
c’est vrai mais j’ai pas fait exprès
le premier greffier est tombé sur sa tête
en reversant tous les autres greffiers sur leurs têtes
j’ai juste bousculé
frôlé
à peine effleuré
ils organisent une grande battue et tous les chasseurs qui votent FN se ramènent
en sac banane
et dans le sac banane une banane pour pas manquer de sucre
et un papier signé du maire avec autorisation de tirer à vue
y’a du plomb dans l’air
alors je demande à la naïade qui bosse au centre de gélatine
de me planquer dans un reflet de flotte une roche souterraine
un trou dans la tourbe
elle refuse
la politique c’est pas sa came
juste patauger dans l’eau fraîche
éclabousser ses copines
boire des oligo-éléments
nettoyer ses seins roses
et graisser des bonbons
ce genre de trucs
mais pas de politique
alors je m’enfonce dans la forêt franchement j’espère
rencontrer un animal magique un totem sacré
un cimetière indien
quelque chose qui peut me tirer de là
me sauver
les balles sifflent et trouent le gruyère de l’air
pas encore ma viande personnelle
mais ils sont pas loin
ils suivent à la trace
avec des chiens qu’y ont la démence
les dents pleines de morceaux pourris d’anciennes proies
alors j’arrive au bord d’une falaise
et y’a un hélicoptère avec le président en personne
qui veut me sniper
une balle explose mon genou
alors je l’insulte d’hémorroïde ambulante
puis je saute dans le vide
et là tout à coup
un immense condor me chope sur ses ailes
et me dépose devant un temple Aztèque
où un type habillé en étoile de mer
m’offre une glace à la fraise
pour la consolation d’exister

Kayak Milky Way kebab

Le mec se pourléchait les yeux

La babine de l’iris

comme une casserole chaude comme un chat qui se dévore chaque matin

je ne sais pas quelle vie il essayait de me faire vivre dans sa tête c’était pas clair une histoire d’étoiles la voie lactée spumeuse il me disait le gras Milky Way stellaire la grande pressurisation cyclopéenne des constellations pour donner naissance à de minuscules points compactés de lueurs il me disait le magnifique Milky Way la fabuleuse rosée du ciel d’été il faisait des grands gestes de maboule et puis il disait descendre en kayak la rivière aux oiseaux la rivière aux ragondins et que son kayak traînait dans le noir quelque part dans le noir velu par là-bas dans l’obscurité duveteuse et mouillé que son kayak mordait les reflets de la lune comme une chair blanche et de la bouche du type sortait sa gorge et de sa gorge bavait son cœur ouvert comme une plaie béante devant toute la terreur sublime qui semblait le brûler de l’intérieur et de l’extérieur devant le brasier totale de sa conscience

kayak milky way kayak milky way il avait que ça dans le gosier à dire à exprimer à faire bruire -tandis que l’herbe mangeait les œufs brouillés des ombres anxieuses -tandis que des macaques froids puisaient sous leurs bras des fruits hypnotiques -tandis qu’un banc en bois pourri s’endeuillait de quelques canettes épluchées -tandis que des moustiques et autres bestioles s’empâtaient dans les marécageux lampadaires

puis je suis allez prendre un kebab au meilleur kebab de la ville et la télévision turque diffusait des infos sur la vie en général au Moyen Orient et la trancheuse à kebab lardait des lamelles grillées dans la sauce brune et mon monde était couronné de salade tomate oignon et des fées andalouses adipeuses drapaient de délices les entrailles fructueuses de ma galette j’avais des oiseaux dans la poitrine des myriades et foultitudes et des truites douces de partout et des raies roses dans la bouche magnétisant mes gencives électriques et puis tout le ciel de dehors est rentré d’un coup dans ma gorge comme dans une lampe magique tout le ciel la voie lactée le milky way son kayak imaginaire le kebab magique le kayak milky way kebab tout s’est enfoui dans ma gorge à couper le souffle comme une sensation à étrangler un rhinocéros bien nourri je pensais pas survivre à tout ce ciel qui se déjette qui s’entasse tourbillonne comme un suçon je pensais pas vivre plus longtemps mais j’avais oublié qu’avec le kebab je gagne une vie.

on peut rien faire

On pourra rien faire
Cherche pas on pourra pas
Même avec toute la bonne volonté du monde
On pourra pas
Vraiment désolé
Vraiment
C’est pas comme le Titanic tu vois le Titanic on a pu sauver quelques gens
Les femmes des riches et les enfants des riches et les riches
D’abord
Mais là pour toi c’est dead on pourra pas
Dans le fond on aimerait bien pouvoir faire quelque chose tu vois
On débarque on fait quelque chose et fin de l’histoire
Basta
C’est dans la poche
Ça semble si facile en vrai
ça a l’air tellement simple
Mais on peut pas
Problème de logistique c’est la logistique le nerf de la guerre le tendon du foutoir le bordel du truc avec une bonne logistique bien planifié ah je dis pas y’aurait moyen pour qu’on y arrive avec une logistique en ordre de marche aux petits oignons prête au combat y’aurait moyen vraiment mais faut pas rêver on l’a pas la logistique on l’a pas
on pourra strictement rien faire
C’est comme ça c’est la vie il faut l’accepter relever la tête et en rire
faut savoir rire de tout hein
et garder la tête haute
rire un cran au-dessus en gros
accepter ce qui nous tombe dessus
sans fuir à chaque fois
sans se débiner sans se défiler sans se défausser
tenir bon coûte que coûte
dans l’immédiat on aurait bien voulu venir et arriver à le faire
t’as l’air triste mais triste ça se voit comme un nez qui coule au milieu de la figure
mais c’est pas comme dans blanche neige où t’es dans une boîte sous-vide avec les 7 nains qui pleurnichent à attendre
que le prince charmant vienne faire son nécrophile
c’est pas la même
là on est dans du concret
dans du direct to live in instant
et on est pas en mesure actuellement de faire suite de donner suite
peut-être tu te dis que c’est de la connerie ce que je raconte
mais libre à toi de te dire ça
ouais libre à toi de penser ce que tu veux franchement
chacun est libre de sa croyance
chacun peut exprimer son opinion se dire que oui on est pas d’accord avec telle ou telle chose mais
par contre on approuve telle ou telle autre chose
ça c’est ta liberté tu en fais ce que tu veux
mais ça changera rien
ouais bah ouais
c’est pas comme si tu regardais la nuit et puis là sur un coup de tête bah tiens les étoiles j’aime pas trop ça les étoiles
ça donne l’air minusculement con alors hop supprime hop corbeille mais non carrément pas
c’est pas comme ça que ça fonctionne dans la vraie vie
on décide pas du jour au lendemain qu’y aura plus de lendemain et on se dit pas le jour même que c’est un autre jour
tiens hop on n’est plus jeudi tiens aujourd’hui c’est mardi allez
du coup c’est clair
pas de doute à avoir là-dessus
on pourra pas le faire
on a d’autres chats à fouetter et des trucs importants
faut pas croire que voilà c’est improvisé
on a fait tout bien
on fait un ordre des priorités
un ordre bien réfléchi
genre on a pas fait ça mega random on a solidement pesé les pour et les contre
on a mis plein de facteurs dans la balance
des tas de datas
rolalala t’imagines même pas
des hyper tas de datas
on a pas eu peur d’approfondir
on a pas eu peur d’aller dans les données les plus profondes
dans les données les plus fécondes
dans les données les plus cellulaires
intra-cellulaires
les moléculaires
les génétiques tout ça
on a creusé creusé
genre plus qu’un croque-mort dans toute sa vie
plus qu’une foreuse hollandaise
plus qu’un vers de terre
on a gratté
toutes les datas les big et les moins big et même les minis bigs les little big
et puis on a tout foutu rolalala on s’est fait plaiz on a tout foutu dans des excel
comme si on mettait le discours de la méthode sur un bout de viande
puis enfin on a priorisé
et c’est mort on pourra rien faire c’est dead
ça nous a pris la tête en vrai
mais bon on peut pas être partout en même temps
c’est comme ça
faut se faire une raison
on pourra rien y faire
autant ne rien en dire en faite
autant n’avoir rien dit

Poème de cheveux

Chez le coiffeur
Il y a des cheveux partout
Des cheveux sans chevelure
Des cheveux perdus sur le carrelage
Noyés sur les sièges en cuir noir
Des cheveux dans les poches de manteaux
Des cheveux dans les robinets
Dans les doigts de l’eau
Des cheveux dans les lumières
Du plafond
des cheveux dans l’électricité
Et de l’électricité dans l’air et donc des cheveux dans l’air
Chez le coiffeur
Des cheveux secs sans chevelure dans le souffle du sèche cheveux
Des cheveux édentés sur le peigne échevelé
Des cheveux dans le shampoing doux
Des cheveux dans la laque
Il y a des lacs de cheveux dans la laque
Chez le coiffeur
Il y a des cheveux dans la bouche
Une bouche engourdie de cheveux
À ras bord
Une touffe de bouche de cheveux à ras bord
Et une langue chevelue
Chez le coiffeur
Il y a des cheveux sur le cœur
Qui protègent de la pluie
Et qui tiennent chauds
Il y a des cheveux dans la radio
Dans les ondes streaming de la radio
Et dans le morceau de Rihanna
il y a des cheveux qui ondoient
Chez le coiffeur
on paye en cheveux liquides
Et on adresse un sourire avec un cheveux coincé entre les dents
Puis on prend un bonbon aux cheveux
Avant de sortir
De chez le coiffeur

gros poème

où est mon summer body ?
ma viande de soleil cuite entre la vie
et la mort
le jour et la nuit
où es-tu ô mon summer body love
mon corps d’été
limpide comme une crème glacée
où sont
mes biscottos craquants comme des cracottes
mes biceps triceps quadriceps quintuceps
heptaseps et septceps
où sont mes nineteen nineteen ceps ?
où j’ai mis mon dernier nerf nerveux ?
mon dernier tendon tendu ?
tous tordus maintenant mes tendons détendus…
où j’ai mis mon pouls impulsif ?
noyé dans mon mou massif ?
où j’ai mis ma veine remontée à bloc ?
et mon cœur centrifuge ?
et mon poumon à pulpe ?
mon œil cogneur
et mon t-shirt moulant ?
où j’ai foutu mon muscle de poème ?

lambda

Les mains derrière les os
Coquelicots dans les jambes
je plie une prairie dans ma poche
Elle est lourde et pleine d’eau
les mini-vaches qui vivent dedans
N’ont plus de ciel
à se mettre sous la dent
Un peau rouge dans ma chair perd des plumes partout
Mais je m’envole pas pour autant
Je reste cloué au sol
A me désenchanter par les trous du nez
La friture du cosmos
La double cuisson de la pluie
Les nuages rôtis
J’ai pris le temps d’écrire ce que je pensais
D’un monde parallèle où j’aurais huit bouches
Pour dire que tout va bien
Huit fois à la fois et m’en convaincre
Parce que là avec une seule je me suis perdu à l’intérieur
Je vois pas trop où je veux en venir
Et je perds le nord
J’aimerais reprendre du poils de la bête
Mais j’ai plus aucun nombril à mâchonner
Pour revenir au point de départ
Au fichier source
C’est en rupture de stock ces choses-là
Depuis l’épidémie
D’impersonnalité
Tout le monde a voulu se prémunir
De n’être plus personne
Alors je fais avec
Je prends mon mal en patience
J’étudie des propositions de vie
posées sur la table
« Devenez un neutrino
C’est rigolo
Pas de frais d’entretien »
« Devenez
Un poulet à huit têtes
Pour picorer huit fois plus vite
Et courrir 7 fois décapité »
« Devenez une pile de sexe à pile »
« Devenez un polymorphe
Pour ressembler à Brad Pitt
Ou Angelina Jolie »
« Devenez une arme de destruction massive
Et déversez vous
Où bon vous semble »
Et je reste indécis
Comme une plante grasse qui voudrait faire du sport

Don

je donne mes os
à l’amical associatif des toutous abandonnés
pour qu’ils aient un bon bout à ronger
les dimanches pluvieux
quand ils ont la patte déprimée
et la truffe abattue
je donne mon courage à ceux
qui en ont encore moins que moi
comme ça ils en auront
tout de même assez pour tenir le coup
je donne mon katana
au vent
pour qu’il tranche les orages
en trèfles à quatre feuilles
et les éclairs
en chocolat
je donne mes organes vitaux
qu’ils aillent vitaliser autre chose
les pauvres ! je n’ai jamais cru en eux
qu’ils aillent là où ils se sentiront bien
pour une vie meilleure
je donne mon sang
au collectif #vampiremaispasmonstre
ils sont sympas j’en ai croisé un
à la journée internationale du don du sang pour les vampires sans méchanceté
– sa parole était pleine d’amour
je donne mes baskets à mon ombre
puisqu’elle n’arrête pas de les coller
comme un pansement
comme si marcher dans ce monde
ouvrait des cicatrices
je donne mon humour noir à la déchiqueteuse
qu’elle broie le noir de mon humour
et mon humour avec
je donne mes tendons à Robin des bois
qu’il fasse un arc et bute des riches
je suis pour
je donne mes mains aux destins
ça lui fera plus de doigts
pour contrôler plus de vies
je donne mes dents
au Kazakhstan
parce que ça rime
je donne mes ongles au soleil
pour qu’il s’agrippe à la terre
et ne disparaisse pas au loin
je donne mon cerveau à la NASA
pour qu’ils l’envoient planer comme un demeuré
par delà les hémisphères
et je donne mon nez
à ceux qui n’en ont rien à curer