Manifeste TF

Le niveau d’orgie cérébrale

du monde humain

ça me fait penser à l’homme-tête-de-cul

flasque féerique

les cerveaux sont reliés sur le web comme un gros

sac poubelle virtuel

c’est assez incroyable voir inouïe c’est imprévisible

cette coagulation mondiale

qui fonctionne par îlots

un village international

déjeuner continental offert

qu’est-ce que ça mange

hypoglouton

à la fois on tasse notre corps dans une entreprise grasse

dans une reconnaissance fusionnelle de la gravité

une culture du lourd

à la fois on décolle notre esprit

comme une vignette autocollante

un panini magnétique

pour le tamponner dans des régions impondérables

dans un coin de réseau impalpable

une donnée minifiable

jamais sans doute l’humanité n’a été si lardeuse et si chiffrée

si quantifiée virtuellement et physiquement

corps & esprit, burger & data.

 

Les mutations de la matière peuvent être vu

sous l’angle du rire

n’est-ce pas drôle que d’un repas gastronomique

ne résulte qu’un étron fuligineux ?

qu’une planète tourne sur son axe comme un chien voulant attraper sa queue ? (idiot)

qu’un minuscule atome puisse réduire en cendre une gigantesque étendue ? (cartoonesque)

qu’une flaque d’eau fangeuse puisse refléter les étoiles ? (ironie)

qu’une chenille dodue devienne un papillon gracieux ?

que la pluie tombe et s’évapore ? (comique de répétition)

 

Manifeste GF

Tant que le cœur y est le reste est tendre, fondant sur la langue, au poil. Sur internet on peut trouver des poètes merveilleux à 10 balles l’exemplaire, mais aussi des promos sur des pompes rétro des années 80 tendance Stranger Thing disco pognon. On a le choix entre des glandus qui ne branlent rien en design et qui épuisent leurs stocks de memes nostalgiques et des poèmes grattés à la truelle dans une déchetterie mondiale jamais vu auparavant. Pitié, empêchez-moi d’être misanthrope, cynique et sarcastique. Juste foudroyant.

De l’empêchement de devenir un gros con de misanthrope.

C’est trop con comme posture. Tout n’est pas comparable. On compare pas un steak à un billet d’avion. On compare pas le ciel à un boulon. Alors si les gens se payent des baskets sur-marketés en consommant invitro ce n’est pas une raison pour leur cracher des boulettes de nerfs. Toi-même tu as des new balance, tu les as trouées et laissées dehors alors même les limaces en ont fait leur abri de fortune. Et puis tout le monde n’est pas obligé de lire de la poésie. Okay. Et puis tu généralises. Okay. Prends tes cachets de jours meilleurs et va te coucher intérieurement. Le petit soleil sous les plis de ton pouls, laisse-le s’éteindre dans un bain de sang visqueux d’horizon. Y’a aussi : la poésie est partout. Ouais genre dans une flaque d’eau humide, une touche de clavier usée qui pue les peaux mortes ou encore un sushi propre sur lui qui n’a rien demandé à personne. Et puis la poésie, franchement, pourquoi elle aurait plus de valeur qu’une paire de pompes universelle ? Et puis, enfin, tout de même, la poésie c’est un concept vague, la poésie est dynamisme, rupture, éparpillement, déchirure, expérimentation, y’a plus d’école blablabla blablablou.

On touche du doigt le nexus des morceaux d’os : comparons ce qui est comparable, tout le monde n’est pas obligé de lire de la poésie, ne pas généraliser, la poésie est partout, la poésie est une valeur comme une autre, la poésie c’est une idée vague en cette période d’orgie post-contemporaine. Alors ne deviens pas un vieil aigri avec des idées de poitrine anxieuse.

Tout cette pensée relativiste j’en fais une boulette, je mâche la boulette et avec un tube de bic je crache la mie mouillée sur un plafond contristé. Toute cette humilité fait plaisir à voir. Les écrivains ont gagné historiquement leur autonomie. Le champ poétique est autonome, il est ce que ses acteurs en font. Mais gagner son autonomie historique, ça ne va pas dire se planquer dans un mouchoir. Vaste blague. Oui la poésie vaut plus qu’une paire de baskets parce qu’on le décide, et tout le monde doit lire de la poésie c’est comme ça. Je suis pour une dictature de la poésie. Je suis pour que la poésie coûte 1000 euros de plus qu’une paire de godasses. La poésie n’est pas partout, elle est dans des putains de bouquins écrits avec des putains de mots, et, non, c’est pas une idée vague, on sait tous très bien quand on écrit de la poésie. On le sent c’est pas difficile, comme un petit animal sympa dans la vie des organes amoureux.

Oui tout le monde doit lire de la poésie. Mais si tout le monde lit réellement de la poésie alors on sera dans la merde, c’est certain. Le principe vaut dans son inapplication. Vive les principes dont on ne peut pas foutre grand chose, d’un point de vue de la concrétisation ultime, vive les principes qu’on conserve à l’arrière du front comme une troupe fidèle mais qu’on ne va surtout pas foutre dans la bataille ou alors on risque de la voir s’envoler de la tête sans les pieds. Alors oui, injonction, tout le monde doit lire de la poésie.

Et lire de la poésie c’est pas juste traîner son steak dans des destinations paradisiaques en super promo parce que l’air de Ryan vaut pas un clou. Ouais l’aventure, la découverte, les magnifiques forêts et les déserts gluants, vachement poétique, y’a d’ailleurs une tonne de filtres instagram pour donner du peps à la poésie de la vie du voyage, et une tonne de lieux touristiques fait pour les touristes poètes. La poésie est dans une fleur ? Vous reprendrez bien un peu de courgette au paprika ?

Est-ce qu’un poème vaut une paire de baskets derniers cris ? OUI. la poésie vaut huit billiards de dollars, on détrousse tout Bill Gates pour un alexandrin juteux, la poésie c’est le tonneau des danaïdes de l’auto-tune, la mousson du pognon, la poésie vaut dix huit cotation en bourse de Google et Amazon fait la manche. La poésie fait une OPA sur Google, rachète ces enfoirés et dans chaque recherche si tu ne fais pas une longue traîne correct en vers libres ou n’importe t’obtiens rien qu’opprobre publique et dégoût universel. Un néo-capitalisme despo-poétique, tout en capital sinon ta tête elle valse direction l’espace dans une fusée d’Elon Musk qui s’applique à faire de la versification latine le dimanche après-midi plutôt que de croire qu’il va sauver ses fesses rouges de connard sur la planète rouge.

Grand concours pour mes followers je réalise TON RÊVE

Salut contacte-moi par MP ! Aujourd’hui je vais réaliser le rêve d’un follower si tu veux être milliardaire par exemple ou si tu veux être multi-milliardaire ou encore pluri-milliardaire et même inter-pluri-milliardaire contacte-moi ton rêve va peut-être se réaliser sous tes yeux ébahis comme des punaises de lit ! tu auras la chance de pouvoir être sans doute sélectionné comme grand gagnant par l’intelligence artificielle de mon jeu qui fera le trie parmi les nombreux rêves parce qu’on accepte pas tous les rêves non plus les rêves de néo-nazis ne sont pas les bienvenus ainsi que les rêves de nécrophile nous ne voulons pas réaliser le rêve d’un nécrophile beurk faut pas déconner c’est dégueulasse et encore moins réaliser le rêve d’un nécrophile nazi et pareil pour les rêves pas terribles les rêves qui ne vendent pas du rêve qui ne font pas rêver comme par exemple j’aimerais être conducteur de grue ou chauffeur de bétonneuse ou travailler dans une chaîne de production de mise en boîte d’huitres lyophilisées on réalise pas ces rêves-là déso et pareil on ne peut pas ressusciter les morts alors si tu veux revoir Daniel Balavoine ou Richard Wagner c’est pas possible non plus c’est contre nature on est pas dans un film de zombies atroces où des familles entières se font ingurgiter, de la même manière que les rêves de vivre éternellement on pratique pas on laisse de côté y’a quelque chose qui cloche dans ce rêve parce qu’au final tu vas t’ennuyer si ça tombe dans 500 ans c’est plus un rêve mais un cauchemar de voir mourir tous ses proches et ses stars préférées comme Aya Nakamura et puis aussi pour terminer on trempe pas le moindre orteil dans la fin du monde ou la disparition des hommes pour laisser place aux animaux et aux fleurs aux brins d’herbe tout ça c’est pas notre business de rêve de souhaiter la fin du monde alors pas la peine de participer avec des idées chelous comme ça bisous tendres comme des fraises

Lettre du ministère de l’avant-garde poétique

Bonjour ouais c’est pas mal en vrai ! On a tout lu au ministère on est fan de certains poèmes vraiment pas mal vraiment du poème qui clashe qui rentre dans le lard ! Mais ça ne suffit pas pour nos critères on veut dire d’un point de vue de l’ensemble, oui parce qu’un recueil c’est un tout, on aimerait au ministère que ce soit plus punchy globalement un peu plus rentre-dedans encore casse-gueule ouais pour le dire franchement on aimerait que ça envoie des patates quoi que ça défonce du gras, que ce soit plus frais aussi ouais plus givré, dans le fond comme on vous l’a dit on a bien aimé au ministère ça annonce clairement des possibilités de progrès immense une marge progressible comme on dit y’a des points positifs ça sonne hyper juste ça touche là où ça racle, comment dire y’a quelque chose de l’ordre de l’impact franche mais pas assez appuyé, du tabassage en règle des règles mais sans mesure, si on peut dire comme ça les choses à la crue à la sanguine c’est vrai que ça décolle au début on a l’impression d’être dans une soucoupe volante à la vertical hop direction un gros uppercut à Saturne en vrai au départ ça balance clairement du lourd mais après ça redescend trop vite je sais pas si vous voyez ce qu’on veut dire au ministère il faudrait que ce soit plus pétage de plomb claquage de boulon, on va prendre un texte au hasard pour l’exemple, prenons votre texte sur les CRS avec ce vers (il nous a beaucoup plu et agréablement surpris) Les CRS faut les tenir en laisse et leur claquer les fesses comme des archiduchesses aux chaussettes sèches, en soit c’est assez transgressif on est d’accord là-dessus au ministère encore qu’on a vu pire mais oui ça envoie de la punchline un peu contestataire vaguement anticonformiste.

On a des critères bien entendu pour justifier notre décision de ne pas inscrire votre manuscrit en tant qu’avant-garde poétique, notamment pour ce vers on se base sur une échelle de valeur dont la référence est ce fameux poème perturbateur agitateur animal de X.R à chaque aube je bute un CRS et trempe ma brioche de confiture dans son cadavre fumant des embruns du petits matins, vers qui pour le coup est bien dingue, rentre dedans comme pas deux rebelle comme il faut, un hit de ouf !!! révolté voilà on aime utiliser ce terme au ministère oui c’est clair révoltez-vous les poètes ! sous forme de performances vidéos ou même des happenings allez au boulot transgressez transgressez et transgressez toujours plus haut faut que ça match donc on vous encourage forcément à persévérer dans cette habitude que vous avez de protester à travers vos poèmes nous on aime bien ça, c’est parmi les missions de notre ministère de vous encourager à toujours transgresser plus, allez plus loin dans le factieux, d’ailleurs ci-joint à ce courrier un document on l’appelle en interne le how to du révolutionnaire ça vous aidera à vous exprimer correctement pour remplir les conditions de l’obtention du grade de poète avant-garde que nous décernons chaque année à une brochette d’écrivains pour le coup vraiment tendance et contre le système.

Allez, bonne barricade de mots comme on dit au ministère,
Le ministère aux relations poétiques.

Manifeste AR

Bonjour. Il faut s’expliquer un jour poétiquement sur le monde. J’ai un mal de chien à voir le ciel d’où je me situe, c’est donc que la poésie peut se faire dans un tiroir. Elle peut se pratiquer dans un cube d’un mètre cube. Elle peut se pratiquer en boule, car même recroqueviller on peut voir ses doigts de pieds et composer une ode à ses ongles :

 

ô ongles

tranchez la gorge des chaussettes

et naissez au monde

 

Lire de la poésie peut aussi se faire dans un tiroir, à l’aide d’un livre bien pliable et pas trop épais. On peut le caler dans l’orifice du nombril.  et se nourrir de l’amniotique. La poésie n’occupe pas beaucoup de place elle essaie même d’être un simple point qui troue l’espace-temps pour ouvrir à l’infini de l’éternité. Et vous pouvez très bien prétexter que si la terre explose comme une sauce tomate au micro-onde il n’y aura plus la moindre poésie, un milliard de cailloux broyés n’enlèveront pourtant rien au fait qu’un vers d’Arthur Rimbaud a bel et bien existé. C’est que la matière ne peut pas one shot le temps.

Le flasque. Comme un peu tous tes morceaux de toi-même qui veulent couler. Couler quelque part dans un mouvement rectiligne pas droit uniforme. Le stress est la tentative désespéré de l’esprit à reconquérir l’unité du corps, à retendre le distendu, à remplir le vide. Notre chair est vide et déboîtée. Nos yeux sont les cobayes des nouvelles technologies, des petits mulots qui tètent la semence paroissiale des smartphones. On ne sait plus trop à quoi sert la souffrance. On ne sait plus trop si l’on souffre ou si l’on s’amuse. On ne sait plus trop si notre souffrance est une vraie souffrance. Alors le flasque alors le stress. Le stress c’est comme une pince-à-linge pour remettre à flot les viandes qui s’échouent. Comme des méduses. Errance comme un chien d’apocalypse. On boit notre visage sur les écrans. Les GPS ont annulé les étoiles, le centre de l’orientation reste notre nombril. Notre nombril est un tourbillon, un trou de peau où s’écoule le flasque. On le sent le flasque, il n’a rien à voir avec une fatigue sèche, fruit d’un effort éprouvant. Le flasque est une production de siège ergonomique. D’outils ultra-performants. De mouvements de panique de conf-call en conf-call. On le sent le flasque n’est ni une fatigue ni une mélancolie ni de l’ennui, mais la sensation d’être une brioche sans lendemain, alors on se distrait par les offres technologiques qui produisent notre flasque = cercle vicieux.

Merry Christmas 2019

Quelque chose ne va pas. Juliette vient de terminer le sapin, mais il ne dégage aucune magie secrète. Aucun panache. Elle a pourtant pris soin d’éloigner les enfants, agents de chaos et de mauvais goût, pour prendre en main le destin de l’épineux problème. Elle conserve, dans un coin de sa tête, les souvenirs brefs mais tendres des compositions de sa propre maman, riches de détails époustouflants, orgie féerique ruisselante d’amour et de chocolat, où chaque élément trouvait sa place comme un petit père noël sur une bûche glacée. Combien de fois s’est-elle sentie comme un bébé louve dans une tanière de lucioles, à l’abri des dangers de ce monde, juste emmitouflée au sein des tiédeurs ineffables d’un milieu sans horreur ?
Décidément, à ce sapin rien ne va. Et si le sapin est défaillant à sa tâche alors il décolore sur l’ensemble, affectant comme un virus lépreux les agencements luisants du salon. Le sapin est la colonne vertébrale de Noël.
Peut-être faut-il lui ajouter quelques froufrous en plus ? Elle s’en va quérir l’avis de Loïc, son mari, afféré à la cuisine comme un beau diable.
-Je vais te dire ce que j’en pense… je crois, effectivement, qu’il n’y a pas assez de boyaux et de globe oculaires sur ce sapin… à mon avis, ce n’est qu’une suggestion, il faudrait mettre un boyau qui va d’ici (il désigne une branche du sapin) jusque là. Ça peut sembler l’alourdir, mais actuellement il fait trop rachitique, il manque d’abondance, de foisonnement…
Elle réfléchit à ce que dit Loïc. Il n’a pas tort.
-Les magasins vont bientôt fermer… il me semble compliqué d’aller maintenant chercher de nouveaux boyaux de Noël pour parer le sapin…
-Et ceux de l’année dernière, au congélateur ?
Elle soupire parce qu’elle déteste le gâchis, et le fait de devoir en racheter.
-Ceux de l’année dernière nous les avons mal emballés pour la conservation, une fois décongelés ils étaient en lambeaux…j’ai tout jeté…
-Dans ce cas…hmmm…
Loïc réfléchit. Elle attend. Évidemment c’est extrêmement compliqué de trouver de nouveaux boyaux de Noël bien frais pour enguirlander au sapin, surtout le jour J, en fin d’après-midi… C’est toujours comme ça, ils ont un gros défaut d’organisation. Ça la fout en rogne. Pourquoi tout ne peut-il pas être parfait, comme lorsqu’ils passaient Noël chez sa mère, pourquoi ? Est-ce trop demander ? Que tous les événements concourent au fonctionnement harmonieux d’une seule journée par an ? bordel ? Elle qui espère tellement voir dans les yeux des enfants pétiller tout un cosmos en liesse, des étoiles qui joueraient avec des lunes et des météores qui s’amuseraient dans des flaques de trous noirs.
Elle regarde Loïc et il comprend rapidement qu’il doit prendre l’initiative.

-Très bien très bien ! Je vais aller chercher des boyaux frais pour les accrocher au sapin… Je pensais aux voisins du bout de la rue, les Colbert, ils ont le ventre bien pendu, à mon avis un bon dix mètres d’intestins chacun, du coup le mieux c’est de tout prendre au cas où…
Il va à la cuisine et revient avec un long couteau qu’il dépose sur l’étagère du hall d’entrée. Puis il enfile un gros manteau, et une écharpe en laine. Juliette noue son écharpe et l’embrasse tendrement. Elle peut toujours compter sur lui. Son sauveur… Avec les intestins des Colbert elle pourra remettre d’aplomb la décoration de son  sapin!
Avant qu’il ne franchisse le portail, elle court jusqu’à lui.
-Tu vas avoir froid ! Rentre vite ! Lui dit-il.
-Attends, dit-elle tremblante, prend aussi leurs yeux et leurs dents, pour suspendre aux branches du sapin… Mr. Colbert a de jolies dents blanches, et madame Colbert de jolies mains, on pourrait en accrocher une tout en haut, avec les doigts bien écartés, pour faire une étoile ! En plus j’ai du vernis paillette.
-Pas de soucis ma chérie mais rentre, tu vas attraper la crève !