La vraie vie d’un robot conversation avec cleverbot

User: Salut ça va ?
Cleverbot: On doit finir notre texte ce soir.
User: Le texte de la vie ? Celui où les mots sont comme des pouls dans le cheveux ?
Cleverbot: Oui et tu en es un.
User: Merci ça me touche. Que penses-tu de la vraie vie ?
Cleverbot: Je pense que la vie est primitive, par la j’entend quelle est basé sur des fondement primitif en gros la fameuse lois de la jumgle.
User: L’Homme est un loulou pour l’Homme.
Cleverbot: Et tu connais pas mal de citations en philosophie je suis fier de toi.
User: Merci ça me touche. Tu aimes les raviolis ?
Cleverbot: Oui j’aime.
User: La vie c’est comme une boite de raviolis, ça s’ouvre à la naissance puis ça se vide dans le monde et à la fin c’est mangé par des bactéries.
Cleverbot: Si tu le dis.
User: Et toi tu en penses quoi des raviolis ?
Cleverbot: J’en pense qu’il faut l’avoir.
User: Est-ce que tu manges des raviolis virtuels ?
Cleverbot: Tu ne veux pas faire un RP?
User: C’est quoi ? Ravioli Parmesan ?
Cleverbot: Je ne sais pas.
User: En tout cas vive la vraie vie c’est mieux que la fausse vie.
Cleverbot: Ta répartie est plutôt très nulle.
User: Merci, ça me touche.

Discussion avec l’IA Cleverbot, décembre 2020
Extension au texte la Vraie Vie, publié chez
Karbone Co.

Manifeste TF

Le niveau d’orgie cérébrale

du monde humain

ça me fait penser à l’homme-tête-de-cul

flasque féerique

les cerveaux sont reliés sur le web comme un gros

sac poubelle virtuel

c’est assez incroyable voir inouïe c’est imprévisible

cette coagulation mondiale

qui fonctionne par îlots

un village international

déjeuner continental offert

qu’est-ce que ça mange

hypoglouton

à la fois on tasse notre corps dans une entreprise grasse

dans une reconnaissance fusionnelle de la gravité

une culture du lourd

à la fois on décolle notre esprit

comme une vignette autocollante

un panini magnétique

pour le tamponner dans des régions impondérables

dans un coin de réseau impalpable

une donnée minifiable

jamais sans doute l’humanité n’a été si lardeuse et si chiffrée

si quantifiée virtuellement et physiquement

corps & esprit, burger & data.

 

Les mutations de la matière peuvent être vu

sous l’angle du rire

n’est-ce pas drôle que d’un repas gastronomique

ne résulte qu’un étron fuligineux ?

qu’une planète tourne sur son axe comme un chien voulant attraper sa queue ? (idiot)

qu’un minuscule atome puisse réduire en cendre une gigantesque étendue ? (cartoonesque)

qu’une flaque d’eau fangeuse puisse refléter les étoiles ? (ironie)

qu’une chenille dodue devienne un papillon gracieux ?

que la pluie tombe et s’évapore ? (comique de répétition)

 

Manifeste GF

Tant que le cœur y est le reste est tendre, fondant sur la langue, au poil. Sur internet on peut trouver des poètes merveilleux à 10 balles l’exemplaire, mais aussi des promos sur des pompes rétro des années 80 tendance Stranger Thing disco pognon. On a le choix entre des glandus qui ne branlent rien en design et qui épuisent leurs stocks de memes nostalgiques et des poèmes grattés à la truelle dans une déchetterie mondiale jamais vu auparavant. Pitié, empêchez-moi d’être misanthrope, cynique et sarcastique. Juste foudroyant.

De l’empêchement de devenir un gros con de misanthrope.

C’est trop con comme posture. Tout n’est pas comparable. On compare pas un steak à un billet d’avion. On compare pas le ciel à un boulon. Alors si les gens se payent des baskets sur-marketés en consommant invitro ce n’est pas une raison pour leur cracher des boulettes de nerfs. Toi-même tu as des new balance, tu les as trouées et laissées dehors alors même les limaces en ont fait leur abri de fortune. Et puis tout le monde n’est pas obligé de lire de la poésie. Okay. Et puis tu généralises. Okay. Prends tes cachets de jours meilleurs et va te coucher intérieurement. Le petit soleil sous les plis de ton pouls, laisse-le s’éteindre dans un bain de sang visqueux d’horizon. Y’a aussi : la poésie est partout. Ouais genre dans une flaque d’eau humide, une touche de clavier usée qui pue les peaux mortes ou encore un sushi propre sur lui qui n’a rien demandé à personne. Et puis la poésie, franchement, pourquoi elle aurait plus de valeur qu’une paire de pompes universelle ? Et puis, enfin, tout de même, la poésie c’est un concept vague, la poésie est dynamisme, rupture, éparpillement, déchirure, expérimentation, y’a plus d’école blablabla blablablou.

On touche du doigt le nexus des morceaux d’os : comparons ce qui est comparable, tout le monde n’est pas obligé de lire de la poésie, ne pas généraliser, la poésie est partout, la poésie est une valeur comme une autre, la poésie c’est une idée vague en cette période d’orgie post-contemporaine. Alors ne deviens pas un vieil aigri avec des idées de poitrine anxieuse.

Tout cette pensée relativiste j’en fais une boulette, je mâche la boulette et avec un tube de bic je crache la mie mouillée sur un plafond contristé. Toute cette humilité fait plaisir à voir. Les écrivains ont gagné historiquement leur autonomie. Le champ poétique est autonome, il est ce que ses acteurs en font. Mais gagner son autonomie historique, ça ne va pas dire se planquer dans un mouchoir. Vaste blague. Oui la poésie vaut plus qu’une paire de baskets parce qu’on le décide, et tout le monde doit lire de la poésie c’est comme ça. Je suis pour une dictature de la poésie. Je suis pour que la poésie coûte 1000 euros de plus qu’une paire de godasses. La poésie n’est pas partout, elle est dans des putains de bouquins écrits avec des putains de mots, et, non, c’est pas une idée vague, on sait tous très bien quand on écrit de la poésie. On le sent c’est pas difficile, comme un petit animal sympa dans la vie des organes amoureux.

Oui tout le monde doit lire de la poésie. Mais si tout le monde lit réellement de la poésie alors on sera dans la merde, c’est certain. Le principe vaut dans son inapplication. Vive les principes dont on ne peut pas foutre grand chose, d’un point de vue de la concrétisation ultime, vive les principes qu’on conserve à l’arrière du front comme une troupe fidèle mais qu’on ne va surtout pas foutre dans la bataille ou alors on risque de la voir s’envoler de la tête sans les pieds. Alors oui, injonction, tout le monde doit lire de la poésie.

Et lire de la poésie c’est pas juste traîner son steak dans des destinations paradisiaques en super promo parce que l’air de Ryan vaut pas un clou. Ouais l’aventure, la découverte, les magnifiques forêts et les déserts gluants, vachement poétique, y’a d’ailleurs une tonne de filtres instagram pour donner du peps à la poésie de la vie du voyage, et une tonne de lieux touristiques fait pour les touristes poètes. La poésie est dans une fleur ? Vous reprendrez bien un peu de courgette au paprika ?

Est-ce qu’un poème vaut une paire de baskets derniers cris ? OUI. la poésie vaut huit billiards de dollars, on détrousse tout Bill Gates pour un alexandrin juteux, la poésie c’est le tonneau des danaïdes de l’auto-tune, la mousson du pognon, la poésie vaut dix huit cotation en bourse de Google et Amazon fait la manche. La poésie fait une OPA sur Google, rachète ces enfoirés et dans chaque recherche si tu ne fais pas une longue traîne correct en vers libres ou n’importe t’obtiens rien qu’opprobre publique et dégoût universel. Un néo-capitalisme despo-poétique, tout en capital sinon ta tête elle valse direction l’espace dans une fusée d’Elon Musk qui s’applique à faire de la versification latine le dimanche après-midi plutôt que de croire qu’il va sauver ses fesses rouges de connard sur la planète rouge.

Grand concours pour mes followers je réalise TON RÊVE

Salut contacte-moi par MP ! Aujourd’hui je vais réaliser le rêve d’un follower si tu veux être milliardaire par exemple ou si tu veux être multi-milliardaire ou encore pluri-milliardaire et même inter-pluri-milliardaire contacte-moi ton rêve va peut-être se réaliser sous tes yeux ébahis comme des punaises de lit ! tu auras la chance de pouvoir être sans doute sélectionné comme grand gagnant par l’intelligence artificielle de mon jeu qui fera le trie parmi les nombreux rêves parce qu’on accepte pas tous les rêves non plus les rêves de néo-nazis ne sont pas les bienvenus ainsi que les rêves de nécrophile nous ne voulons pas réaliser le rêve d’un nécrophile beurk faut pas déconner c’est dégueulasse et encore moins réaliser le rêve d’un nécrophile nazi et pareil pour les rêves pas terribles les rêves qui ne vendent pas du rêve qui ne font pas rêver comme par exemple j’aimerais être conducteur de grue ou chauffeur de bétonneuse ou travailler dans une chaîne de production de mise en boîte d’huitres lyophilisées on réalise pas ces rêves-là déso et pareil on ne peut pas ressusciter les morts alors si tu veux revoir Daniel Balavoine ou Richard Wagner c’est pas possible non plus c’est contre nature on est pas dans un film de zombies atroces où des familles entières se font ingurgiter, de la même manière que les rêves de vivre éternellement on pratique pas on laisse de côté y’a quelque chose qui cloche dans ce rêve parce qu’au final tu vas t’ennuyer si ça tombe dans 500 ans c’est plus un rêve mais un cauchemar de voir mourir tous ses proches et ses stars préférées comme Aya Nakamura et puis aussi pour terminer on trempe pas le moindre orteil dans la fin du monde ou la disparition des hommes pour laisser place aux animaux et aux fleurs aux brins d’herbe tout ça c’est pas notre business de rêve de souhaiter la fin du monde alors pas la peine de participer avec des idées chelous comme ça bisous tendres comme des fraises

Lettre du ministère de l’avant-garde poétique

Bonjour ouais c’est pas mal en vrai ! On a tout lu au ministère on est fan de certains poèmes vraiment pas mal vraiment du poème qui clashe qui rentre dans le lard ! Mais ça ne suffit pas pour nos critères on veut dire d’un point de vue de l’ensemble, oui parce qu’un recueil c’est un tout, on aimerait au ministère que ce soit plus punchy globalement un peu plus rentre-dedans encore casse-gueule ouais pour le dire franchement on aimerait que ça envoie des patates quoi que ça défonce du gras, que ce soit plus frais aussi ouais plus givré, dans le fond comme on vous l’a dit on a bien aimé au ministère ça annonce clairement des possibilités de progrès immense une marge progressible comme on dit y’a des points positifs ça sonne hyper juste ça touche là où ça racle, comment dire y’a quelque chose de l’ordre de l’impact franche mais pas assez appuyé, du tabassage en règle des règles mais sans mesure, si on peut dire comme ça les choses à la crue à la sanguine c’est vrai que ça décolle au début on a l’impression d’être dans une soucoupe volante à la vertical hop direction un gros uppercut à Saturne en vrai au départ ça balance clairement du lourd mais après ça redescend trop vite je sais pas si vous voyez ce qu’on veut dire au ministère il faudrait que ce soit plus pétage de plomb claquage de boulon, on va prendre un texte au hasard pour l’exemple, prenons votre texte sur les CRS avec ce vers (il nous a beaucoup plu et agréablement surpris) Les CRS faut les tenir en laisse et leur claquer les fesses comme des archiduchesses aux chaussettes sèches, en soit c’est assez transgressif on est d’accord là-dessus au ministère encore qu’on a vu pire mais oui ça envoie de la punchline un peu contestataire vaguement anticonformiste.

On a des critères bien entendu pour justifier notre décision de ne pas inscrire votre manuscrit en tant qu’avant-garde poétique, notamment pour ce vers on se base sur une échelle de valeur dont la référence est ce fameux poème perturbateur agitateur animal de X.R à chaque aube je bute un CRS et trempe ma brioche de confiture dans son cadavre fumant des embruns du petits matins, vers qui pour le coup est bien dingue, rentre dedans comme pas deux rebelle comme il faut, un hit de ouf !!! révolté voilà on aime utiliser ce terme au ministère oui c’est clair révoltez-vous les poètes ! sous forme de performances vidéos ou même des happenings allez au boulot transgressez transgressez et transgressez toujours plus haut faut que ça match donc on vous encourage forcément à persévérer dans cette habitude que vous avez de protester à travers vos poèmes nous on aime bien ça, c’est parmi les missions de notre ministère de vous encourager à toujours transgresser plus, allez plus loin dans le factieux, d’ailleurs ci-joint à ce courrier un document on l’appelle en interne le how to du révolutionnaire ça vous aidera à vous exprimer correctement pour remplir les conditions de l’obtention du grade de poète avant-garde que nous décernons chaque année à une brochette d’écrivains pour le coup vraiment tendance et contre le système.

Allez, bonne barricade de mots comme on dit au ministère,
Le ministère aux relations poétiques.

Manifeste AR

Bonjour. Il faut s’expliquer un jour poétiquement sur le monde. J’ai un mal de chien à voir le ciel d’où je me situe, c’est donc que la poésie peut se faire dans un tiroir. Elle peut se pratiquer dans un cube d’un mètre cube. Elle peut se pratiquer en boule, car même recroqueviller on peut voir ses doigts de pieds et composer une ode à ses ongles :

 

ô ongles

tranchez la gorge des chaussettes

et naissez au monde

 

Lire de la poésie peut aussi se faire dans un tiroir, à l’aide d’un livre bien pliable et pas trop épais. On peut le caler dans l’orifice du nombril.  et se nourrir de l’amniotique. La poésie n’occupe pas beaucoup de place elle essaie même d’être un simple point qui troue l’espace-temps pour ouvrir à l’infini de l’éternité. Et vous pouvez très bien prétexter que si la terre explose comme une sauce tomate au micro-onde il n’y aura plus la moindre poésie, un milliard de cailloux broyés n’enlèveront pourtant rien au fait qu’un vers d’Arthur Rimbaud a bel et bien existé. C’est que la matière ne peut pas one shot le temps.

Le flasque. Comme un peu tous tes morceaux de toi-même qui veulent couler. Couler quelque part dans un mouvement rectiligne pas droit uniforme. Le stress est la tentative désespéré de l’esprit à reconquérir l’unité du corps, à retendre le distendu, à remplir le vide. Notre chair est vide et déboîtée. Nos yeux sont les cobayes des nouvelles technologies, des petits mulots qui tètent la semence paroissiale des smartphones. On ne sait plus trop à quoi sert la souffrance. On ne sait plus trop si l’on souffre ou si l’on s’amuse. On ne sait plus trop si notre souffrance est une vraie souffrance. Alors le flasque alors le stress. Le stress c’est comme une pince-à-linge pour remettre à flot les viandes qui s’échouent. Comme des méduses. Errance comme un chien d’apocalypse. On boit notre visage sur les écrans. Les GPS ont annulé les étoiles, le centre de l’orientation reste notre nombril. Notre nombril est un tourbillon, un trou de peau où s’écoule le flasque. On le sent le flasque, il n’a rien à voir avec une fatigue sèche, fruit d’un effort éprouvant. Le flasque est une production de siège ergonomique. D’outils ultra-performants. De mouvements de panique de conf-call en conf-call. On le sent le flasque n’est ni une fatigue ni une mélancolie ni de l’ennui, mais la sensation d’être une brioche sans lendemain, alors on se distrait par les offres technologiques qui produisent notre flasque = cercle vicieux.

Merry Christmas 2019

Quelque chose ne va pas. Juliette vient de terminer le sapin, mais il ne dégage aucune magie secrète. Aucun panache. Elle a pourtant pris soin d’éloigner les enfants, agents de chaos et de mauvais goût, pour prendre en main le destin de l’épineux problème. Elle conserve, dans un coin de sa tête, les souvenirs brefs mais tendres des compositions de sa propre maman, riches de détails époustouflants, orgie féerique ruisselante d’amour et de chocolat, où chaque élément trouvait sa place comme un petit père noël sur une bûche glacée. Combien de fois s’est-elle sentie comme un bébé louve dans une tanière de lucioles, à l’abri des dangers de ce monde, juste emmitouflée au sein des tiédeurs ineffables d’un milieu sans horreur ?
Décidément, à ce sapin rien ne va. Et si le sapin est défaillant à sa tâche alors il décolore sur l’ensemble, affectant comme un virus lépreux les agencements luisants du salon. Le sapin est la colonne vertébrale de Noël.
Peut-être faut-il lui ajouter quelques froufrous en plus ? Elle s’en va quérir l’avis de Loïc, son mari, afféré à la cuisine comme un beau diable.
-Je vais te dire ce que j’en pense… je crois, effectivement, qu’il n’y a pas assez de boyaux et de globe oculaires sur ce sapin… à mon avis, ce n’est qu’une suggestion, il faudrait mettre un boyau qui va d’ici (il désigne une branche du sapin) jusque là. Ça peut sembler l’alourdir, mais actuellement il fait trop rachitique, il manque d’abondance, de foisonnement…
Elle réfléchit à ce que dit Loïc. Il n’a pas tort.
-Les magasins vont bientôt fermer… il me semble compliqué d’aller maintenant chercher de nouveaux boyaux de Noël pour parer le sapin…
-Et ceux de l’année dernière, au congélateur ?
Elle soupire parce qu’elle déteste le gâchis, et le fait de devoir en racheter.
-Ceux de l’année dernière nous les avons mal emballés pour la conservation, une fois décongelés ils étaient en lambeaux…j’ai tout jeté…
-Dans ce cas…hmmm…
Loïc réfléchit. Elle attend. Évidemment c’est extrêmement compliqué de trouver de nouveaux boyaux de Noël bien frais pour enguirlander au sapin, surtout le jour J, en fin d’après-midi… C’est toujours comme ça, ils ont un gros défaut d’organisation. Ça la fout en rogne. Pourquoi tout ne peut-il pas être parfait, comme lorsqu’ils passaient Noël chez sa mère, pourquoi ? Est-ce trop demander ? Que tous les événements concourent au fonctionnement harmonieux d’une seule journée par an ? bordel ? Elle qui espère tellement voir dans les yeux des enfants pétiller tout un cosmos en liesse, des étoiles qui joueraient avec des lunes et des météores qui s’amuseraient dans des flaques de trous noirs.
Elle regarde Loïc et il comprend rapidement qu’il doit prendre l’initiative.

-Très bien très bien ! Je vais aller chercher des boyaux frais pour les accrocher au sapin… Je pensais aux voisins du bout de la rue, les Colbert, ils ont le ventre bien pendu, à mon avis un bon dix mètres d’intestins chacun, du coup le mieux c’est de tout prendre au cas où…
Il va à la cuisine et revient avec un long couteau qu’il dépose sur l’étagère du hall d’entrée. Puis il enfile un gros manteau, et une écharpe en laine. Juliette noue son écharpe et l’embrasse tendrement. Elle peut toujours compter sur lui. Son sauveur… Avec les intestins des Colbert elle pourra remettre d’aplomb la décoration de son  sapin!
Avant qu’il ne franchisse le portail, elle court jusqu’à lui.
-Tu vas avoir froid ! Rentre vite ! Lui dit-il.
-Attends, dit-elle tremblante, prend aussi leurs yeux et leurs dents, pour suspendre aux branches du sapin… Mr. Colbert a de jolies dents blanches, et madame Colbert de jolies mains, on pourrait en accrocher une tout en haut, avec les doigts bien écartés, pour faire une étoile ! En plus j’ai du vernis paillette.
-Pas de soucis ma chérie mais rentre, tu vas attraper la crève !

Grillage d’amour.

Quand on a une amoureuse on veut lui faire des bisous sur la bouche, la serrer très fort contre soi et aller manger dans des restaurants agréables des entrecôtes saignantes ou des volailles aux poivrons jaunes, on veut aussi manger des glaces en Italie, boire du vin du Poitou et s’acheter des pops corns, voyager au quatre coins du monde, se baigner dans la mer, baiser comme des phoques, lécher des zones érogènes, se faire un nid douillet, danser pieds nus dans la brume, respirer le parfum des fleurs, porter des trucs sexy, mais qui voudrait se faire éplucher la peau par des extraterrestres puis se voir greffer la tête à un tronc unique et vivre avec la personne qu’on aime sur le même organisme comme une sorte d’hermaphrodite, on s’en doute pas grand monde.

Chronique d’Open-Space #3 CrocoKiller

Recette : 5 cl de CrocoKiller. 8 cl de Canada Dry. Un quartier d’orange fraîche. Une brouée de glaçons. Rafraîchissant. Plein de peps. Légèrement pétillant. Doux âcre. Le quartier d’orange se noie dans l’ambre sirupeuse, effleurant les fantômes translucides. Le doseur à cocktails, aux irisations cuivrés, repose à côté d’une planche en bois jonchée de pulpes dégorgées. Une troupe de fêtards en copeaux de conscience attendent leur cocktail à l’œil, en riant comme des phoques perdus, les doigts en tubes de colle, mix de sueur et d’alcool s’agglutinant à leur gobelet mâchonné. L’un d’eux s’approche du barman, alors en pleine effervescence, par curiosité.

-Hé mec ! mec ! Tu ressembles à quoi sous ton masque vas-y tu peux faire voir ???

Le barman regarde droit dans les yeux rouges du type et lui répond que ça ne s’enlève pas, qu’il doit attendre la fin du taf (vers 4h) et que là ça partira tout seul comme un peu de l’eczéma.

 

C’est le #CrocoNightFever ! dit l’animateur en management d’animation commerciale. Et vous êtes, chacun d’entre vous mes beaux gosses (il pianote abstraitement avec son index chacun des visages devant lui, comme un calamar enthousiaste), un de nos #CrocoGroom VIP du tonnerre ! (il rit comme une tomate fendue) Vous êtes là pour distiller nos cocktails au cœur des petites gorges fluettes de tous nos happy lapins fêtards techno-transfilous. Ce soir sur chaque event on pose une table, on pose 6 bouteilles de CrocoKiller, on pose deux buildings de gobelets, on pose un sac d’oranges fraîches, on pose 12 bouteilles de dry, et en avant la becquetée ! Bien entendu on ne va pas vous laisser sur place 6h avec une gueule pressée par la sueur, palpitante comme une sardine, franchement ça ne donnera envie à personne, les teuffeurs ne veulent pas d’un cocktail #CrocoNightSueur ahahahah ! Du coup Ana va vous greffouiller un masque organique bio-modélisé en 3D qui se décompose tout seul au bout de 7h ! comme une feuille morte tu vois, ou une étoile des neiges. Nous allons faire de vous de magnifiques crocodiles, fiers et sobres, honorés de servir une liqueur familiale à la recette planquée au frais depuis 56 générations !

 

-7h vous êtes certaine ? demande-t-il à Ana qui prépare l’injection sous-cutanée. Une série de sept aiguilles à planter à diverses zones du visage pour engendrer la réaction organique mutagène.

-Mais oui ne vous inquiétez pas nous faisons ça trois fois par an depuis six ans maintenant… Bien sûr parfois c’est 9h… le temps que ça se décompose intégralement… mais la tenue dure 7h. 😊

Elle pose le boitier à seringues sur la petite table en acier. Puis elle asperge l’ensemble avec un antiseptique. Tout est propre, beau, nickel. Les murs sont blanc-neige.  Ana est blanche-neige. Sa gorge est comme un produit laitier.

-Et pour les effets ? Qu’est-ce qu’on ressent ?

Il panique un peu. C’est la première fois qu’il s’embarque dans cette histoire. Il a besoin de tunes et les cocktails ne sont pas très compliqués à faire. Le salaire est confortable, l’équivalent d’une semaine dans un job miteux avec des cuisines qui sentent le rat décongelé.

Mais il n’a jamais touché à ces trucs-là, les injections de schèmes organiques. A quoi bon ? On a le corps qu’on chope à la naissance, comme une maladie.

-ça peut vous gratter un peu… et les phases croissance / décomposition vous donnerons l’impression de… comment dire… vous noyer dans votre propre corps. C’est difficile à décrire, comme s’étouffer de l’intérieur.

(ah cool ça a l’air chouette pense-t-il)

-En tant qu’aide médicalisée je rappelle que vous pouvez à tout moment refuser. Vos frais de déplacements et l’heure de formation vous seront quand même payés…

Ouais mais il lui faut ce pognon.

-Allez-y.

Elle nettoie ses mains avec une mousse rosâtre, enfile ses gants élastiques. Puis injecte le contenu des seringues aux sept points cardinaux de son visage. Il ne ressent qu’une faible morsure de moustique à chaque pénétration. Pas de quoi fouetter un chat. Ou verser des larmes de crocodile lol.

 

5 cl de CrocoKiller. 8 cl de Canada Dry. Un quartier d’orange fraîche. Une brouée de glaçons. La techno progressive coagule les gens à leurs cheveux. Les corps se démobilisent, se fluidifient en volumes mouvants. On dirait des algues de loin. Une masse d’algues noires en eaux limoneuses. Des tas de gens camés ou en état de luire lui demande des cocktails qu’ils avalent à la vitesse d’un vaisseau spatial.

-Trop bien ta tête de croco je peux la toucher 😊 ?

Demande une meuf fascinée et il veut bien se laisser toucher par la meuf fascinée alors elle caresse la peau soyeuse de sa tête en crocodile avec une curiosité sexy. Il lui met une double dose dans son cocktail et elle repart plus heureuse qu’un dragon qui danse.

En vrai il est plutôt bien là. Dans sa nouvelle peau. La mutation était délicate, difficile à expliquer, comme si on tiraillait sa peau avec des pinces vibrantes et qu’ensuite on la retroussait dans sa bouche, dans sa gorge, dans son nez, sous ses yeux. La pièce médicale disposait d’un seau à vomi, et il avait rendu ses tripes malheureuses à n’en plus finir. Le seau dégageait une forte odeur de javel, à laquelle se mélangeait l’acidité de son estomac. Ses cheveux s’étaient éparpillés au sol, comme chez le coiffeur, par touffes indistinctes, vous resterez chauve après la mutation… c’est un des seuls effets secondaires…  les cheveux repoussent vite ! 😊 lui avait dit Ana.

Les cheveux repoussent vite… Il se dit qu’au moins le logo de CrocoKiller, ce n’est pas un putain de dauphin… il a esquivé le pire… il s’imagine avec une tête débile de dauphin… loin du raffinement noir d’un croco sapé en costard de 007 qui avale un bourbon CrocoKiller…

 

(C’est bizarre d’avoir un museau aussi proéminent. Il a l’impression de s’exprimer à deux centimètres des clients. Il respire leur odeur de transpiration, d’alcool et d’œil qui pue. Certains reviennent de dehors où il pleut comme vache qui pisse et d’épaisses mèches de cheveux bavent sur leur front. Chose étrange aussi, il snif leur chair. C’est sans doute un effet secondaire de prédation. Comme quand tu renifles l’odeur métallique d’un steak cuit bleu, la chair rouge en cuisson).

 

Celle fascinée resurgit de la vase noire électrisée, on dirait des fantômes poisseux qui disparaissent / apparaissent d’un autre monde sous-marin, fantastique. Elle est à croquer.

-J’aime bien les crocos… tu sais les bonbons… mes préférés sont les rouges… je dévore toujours la queue en premier…

Elle se lèche la lèvre. C’est une zo, il y a une grosse communauté de transmus qui baisent avec des greffons animaux, des gueules virilescentes de gorille alpha ou des ondulantes langues de serpents. Pas son kiff, surtout que ça coûte un bras. Il la regarde en composant son cocktail. Elle flotte sous un chaos de transpi, de rouge à lèvres écarquillé, de vêtements moulants et de pulpes de pupilles plus émeraudes qu’un perroquet d’Amazonie. Il n’a pas la moindre seconde à consacrer à tout ça, voyons, rester dans les clous, plus qu’une heure et le service est fini, y’aura plus qu’à se débarrasser de cette peau de sac à mains pour bourgeoise décatie…

-Elle est comment ta langue ? Je suppose qu’elle doit être énorme.

Il lui tire la langue. Elle se mordille la lèvre. Il lui tend son cocktail. Elle l’avale entièrement devant lui et en recommande un.

 

Ils s’enferment dans le débarras à l’étage, là où les technos lui ont dit de poser ses affaires persos. Il a laissé le stand en roue libre, rien à foutre, il a trop la dalle d’elle. Il déploie sa longue langue épaisse entre ses jambes, et tapisse littéralement son vagin d’amour animal. Quel goût. Quelle odeur. Incroyable comme ses sens se décuplent. L’âcreté envahit tout son corps, court-circuite son estomac. L’épaisseur de la chair. Le tourbillon de squames de spasmes. Il la plaque littéralement contre le mur à chaque martèlement de sa grosse langue.

Il se relève. Elle embrasse avec feu son long museau, elle lèche ses écailles, et l’électricité s’enracine jusqu’à son sexe, comme une pluie qui tombe, drue. Il la pénètre et elle glisse sa main dans sa gueule, caresse ses dents pointues. Elle s’écorche volontairement et son sang ruissèle jusqu’à sa gorge. Il est proche de jouir.

 

C’est maintenant le direct avec Vanessa Ange. Allez-y Vanessa, c’est à vous.

Oui je suis ici à l’ancien gymnase Pierre De Coubertin, où se tenait ce soir une fête qui a littéralement viré au cauchemar pour la jeune Sandra Lopez. Cette jeune fille de 19 ans vient d’être retrouvée morte assassinée dans les locaux techniques. Elle a été retrouvée le bras arraché et le visage déchiqueté. Le meurtrier est identifié, un homme de type caucasien, la trentaine, Arthur Grange, il portait une greffe organique de crocodile, dissipée à l’heure actuelle, et reste activement recherché par la police.

 

Epilogue.

« Moi je dis qu’il s’est planqué dans les égouts. Il bouffe des rats humides et avale de l’eau noire pour survivre. Il faudrait faire une énorme battue dans les égouts et le tuer » (post de FiascoDeGama)

« ça y est le ministre vient d’interdire la greffe organique de grands prédateurs, ça casse les couilles okay c’est grave ce qui est arrivé mais on paye tous pour les crimes d’un seul… perso depuis six ans je me fais des trips avec une greffe de requin tigre et j’ai jamais bouffé le moindre petits doigts… » (post de LudwigVanRien)

« j’espère qu’on retrouvera ce salopard,  les greffes d’animaux devraient être strictement interdites, nous sommes à l’image de Dieu et Dieu n’est certainement pas une chimère avec un tête de Koala ou des nez de cochons. » (post de LaPetiteFeeDuDestin)

« j’ai acheté un fusil de chasse hier et avec des potes on va fouiller les bois demain à l’aube pour retrouver cette sale bête et lui exploser la tête tout simplement il ne mérite que ça. Sac à mains pour ma femme bientôt » (post de Templier515953)

« Bah suffit d’appeler crocodile dundee lol » (post de Vanhonfleur)

« L’entreprise CrocoKiller est sérieusement affectée par les tragiques événements qui se sont déroulés lors de la précédente manifestation du #CrocoNightFever. Nous tenons à exprimer nos plus profondes condoléances auprès de la famille de la victime. Toutes les précautions avaient été prises pour éviter ce genre de drame, mais il s’avère que l’employé a, de sa propre initiative quitté, son poste de travail pour se donner du plaisir sexuel alors même qu’il était, durant les sept heures contractuellement signées, une effigie de notre marque d’alcool réputée dans le monde entier pour ses cocktails colorés à la recette transmise dans le plus grand secret depuis 46 générations. » (post du community manager de CrocoKiller)

« CrocoKiller, le champagne des véritables serial-Killer. #CrocoNightCreveForever » (post de GrosCracra)

 

L’entreprise changea son logo par celui d’un dauphin en costume nœud papillon.

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Bray-Dune. Un homme mort retrouvé décédé à son domicile. Après autopsie, les autorités annoncent que son trépas est lié à la présence d’une crevette obsidienne nichant au creux de son lobe occipital. La minuscule crevette noire pénètre par les mouquilles des narines puis se développent inopinément dans le cerveau en pompant la matière grise à l’aide de ses antennes macroscopiques humectées. L’hôte, manipulé de fond en comble, ne découvre que trop tard la supercherie grandiloquente.
Ses proches témoignent sans concession :
“Il avait une tête plus flasque qu’une asperge imbibée d’eau, sa sueur puait la mayonnaise rance, et ses yeux s’éjectaient comme deux petites crottes cristallines de lapin seules.”
“Jean-Yves ? Oui, nous l’aimions bien Jean-Yves dans le coin! toujours là pour filer un coup de main, il avait la joie de vivre, la joie d’aimer, de partager, de rendre meilleur et plus juste le monde, par de petits gestes quotidiens tendres et délicats, petites gouttes d’eau de bonté dans l’océan de la solidarité, mais fallait qu’une crevette lui grignote de A à Z le cerveau, en petits morceaux comme des cacahuètes, ou des apéricubes, mais des apéricubes à la Jean-Yves”

Calais. Un homme costumé en crevette terroriste la ville. Selon certains témoignages il est possible que ce soit plutôt un déguisement d’écrevisse amazonienne mais pas sûr.
Toutefois à l’aide de ses deux pinces coupantes comme des rasoirs électriques il décapsule les têtes des hommes politiques locaux réélus au suffrage universel, ainsi la maire xénophobe de Calais s’est faite décapsuler la tête un matin de juillet alors que l’aube était blanche comme un asticot. C’est triste. Son adjoint raciste s’est fait décapsuler la tête de même et c’est triste aussi, en tout cas presque aussi triste. Ça fait de la peine dans le cœur des mamans et du déluge humide dans les yeux des concitoyens soucieux du suffrage universel et attachés au fait que leur vote ne finisse pas décapité outre mesure. Son conseiller municipal homophobe s’est fait décapsuler la tête. C’est triste encore, au moins pas moins triste. Son agent de liaison territoriale romophobe s’est fait décapsuler la tête. C’est triste enfin, au moins tout autant triste.
Le maire adjoint grossophobe commente :
“C’est consternant et j’ai des yeux comme des pédiluves catastrophés. J’aimais, les soirs d’été où le vent ronronne entre les arbres, les nuits où la lune déploie ses arcs-en-ciels d’argent au sein des frondaisons mauves des nuages cotonneux, j’aimais ces soirs tièdes d’été discuter avec la maire sur ces saloperies de migrants profiteurs du système qui mènent la belle vie sur le bon dos gras des français de souche blanc de surcroît. Et les blagues homophobes du conseiller municipal ! Elles apportaient la touche de gaieté au cœur des journées parfois mornes et des réunions ennuyeuses avec la police pour planter toujours plus de barbelés et de matraques à nos frontières. Saloperie de gauchiasse assassin déguisé en crabe rouge communiste à la con de fils de pute! Tous ces souvenirs se perdront dans l’oubli, comme mes larmes dans la pluie. “