PCR

j’ai fait
le test PCR
et de mon nez
plein de morve
est sorti
Donald Trump tout rouge
et adada sur son dos Didier Raoult tout vert
et au dodo sur son cul tout orange
Macron qui rêvait d’être
un premier poil de cordée et au caca dans sa
couche
Manuel Valls tétant entêtant bêlant
et dans la mouise du coccyx
y’avait Darmanin cloué en boucle
qui bouffait des pizzas kebab
en pleurant
comme Prométhée
et sur le chemin de la vie
y’avait Lallemand tout cramoisi
qui puait la mort
et entre ses dents pourries
des mini journalistes de BFM tout bleus
tout fantomatiques tout clignotants
et sur sa langue à faire du toboggan
des mini spécialistes médiatiques
de CNews
tout racistes tout xénophobes
et au creux du nombril de l’amas de tout ça
y’avait Jeff Bezos tout rose tout pacha
dans une fusée toute argentée
il voulait partir pour Venus toute turquoise
et se branler dans des lagons tout dorés
faire une colonie de clones de lui-même
mais ma morve molle l’emmêlait minable
alors il investissait sa tune de malade
dans des startups développant
de nouvelles technologies prometteuses
d’élagage et de téléportation
de morve
et dans les yeux d’Angela Merkel
y’avait Boris Johnson
qui léchait
la pomme d’adam
de Bolsonaro
dont les cheveux gras accueillaient une colonie de Castex moches comme des poux
conchiant des agglomérations de gens
indifférents d’être pucés
tandis que Finkielkraut Praud et Zemmour
s’étaient fusionnés génétiquement
en un gros tas avarié de viande crado
vomissant du pus pas beau
enfin
j’ai fait le test PCR
et c’était dégueu à voir

Complainte de qui n’a plus ses os

j’en avais marre alors
j’ai brûlé tous mes os
au fond du jardin avec les feuilles mortes
et les punaises de lit
c’est plus relax
maintenant
j’ai plus besoin de m’appuyer nulle part
avant je tenais tout le bordel de mon organisme
bien droit
en tout cas à la verticale
chaque jour
je l’accrochais à des chaises
ou des rampes d’escaliers
des clinches de porte
des trottoirs
maintenant tout est plus simple
sans os
c’est vraiment détente
je recommande
j’ai plus qu’à me traîner
comme un blob drôle
sans trop l’ambition
d’atteindre une posture quelconque
une situation en courbe ascendante
dans le monde
maintenant je roule
espèce de chewing-gum sans vergogne
une patate trop cuite
une balle magique
sur la moquette
ça fait rire les collègues
et mon nouveau job me plaît
préposé à l’anti-stress
on me malaxe jusqu’à l’os que personne ne trouve
on me pétrit
en rêvant de pains étranges
dans des vallées sans pression des vallées volantes où
l’herbe plane au-dessus des nuages
les chiens me mâchouillent dans le quartier
les enculés
ils me prennent pour leur poulet en caoutchouc
c’est le hic
mais on s’habitue

Manifeste TF

Le niveau d’orgie cérébrale

du monde humain

ça me fait penser à l’homme-tête-de-cul

flasque féerique

les cerveaux sont reliés sur le web comme un gros

sac poubelle virtuel

c’est assez incroyable voir inouïe c’est imprévisible

cette coagulation mondiale

qui fonctionne par îlots

un village international

déjeuner continental offert

qu’est-ce que ça mange

hypoglouton

à la fois on tasse notre corps dans une entreprise grasse

dans une reconnaissance fusionnelle de la gravité

une culture du lourd

à la fois on décolle notre esprit

comme une vignette autocollante

un panini magnétique

pour le tamponner dans des régions impondérables

dans un coin de réseau impalpable

une donnée minifiable

jamais sans doute l’humanité n’a été si lardeuse et si chiffrée

si quantifiée virtuellement et physiquement

corps & esprit, burger & data.

 

Les mutations de la matière peuvent être vu

sous l’angle du rire

n’est-ce pas drôle que d’un repas gastronomique

ne résulte qu’un étron fuligineux ?

qu’une planète tourne sur son axe comme un chien voulant attraper sa queue ? (idiot)

qu’un minuscule atome puisse réduire en cendre une gigantesque étendue ? (cartoonesque)

qu’une flaque d’eau fangeuse puisse refléter les étoiles ? (ironie)

qu’une chenille dodue devienne un papillon gracieux ?

que la pluie tombe et s’évapore ? (comique de répétition)

 

Rêve que j’ai pas fait

t’as l’empire glacé de tes
dieux pathétiques
sous la langue
comme un compost gras
un lendemain de cuite feutrée
où t’as trop parlé
prends un avocat
fais-toi beau
propre et impeccable
pour le tribunal correctionnel
VOUS ÊTES ACCUSE d’avoir dit que le président des nations du monde est
une pute cannibale qui s’auto-suce le cul avant de dévorer sa mère comme une chienne tout en chiant sur le visage de sa salope de ministre
qu’avez-vous à répondre à ça ?
Bah…
je m’enfuis
clef des champs
disparition ninja
pyjama de buée
boule puante
ni vu ni connu
go les cimes
voir des fleurs en forme de tresse
bouffer des moucherons dans du jus d’abricot
contempler le circuit court du houblon vers le brasseur et le brasseur vers ma canette
et mon pipi sur la vigne
court-circuiter le court circuit
se servir dans le poitrail des forêts
des sangliers moches
des biches foireuses
des grenouilles bancales
tandis que quelques naïades se tripotent dans la rivière de corail
dévorent des truites étincelantes
comme du bacon grillé
l’une d’elle se transforme en humain de tous les jours
et va au boulot
elle bosse dans l’usine à bonbon
qui sent le porc liquide
à l’orée
c’est dingue ça
les gendarmes me retrouvent
ils se disent que c’est bien le type qui a tué huit greffiers dans sa course
c’est vrai mais j’ai pas fait exprès
le premier greffier est tombé sur sa tête
en reversant tous les autres greffiers sur leurs têtes
j’ai juste bousculé
frôlé
à peine effleuré
ils organisent une grande battue et tous les chasseurs qui votent FN se ramènent
en sac banane
et dans le sac banane une banane pour pas manquer de sucre
et un papier signé du maire avec autorisation de tirer à vue
y’a du plomb dans l’air
alors je demande à la naïade qui bosse au centre de gélatine
de me planquer dans un reflet de flotte une roche souterraine
un trou dans la tourbe
elle refuse
la politique c’est pas sa came
juste patauger dans l’eau fraîche
éclabousser ses copines
boire des oligo-éléments
nettoyer ses seins roses
et graisser des bonbons
ce genre de trucs
mais pas de politique
alors je m’enfonce dans la forêt franchement j’espère
rencontrer un animal magique un totem sacré
un cimetière indien
quelque chose qui peut me tirer de là
me sauver
les balles sifflent et trouent le gruyère de l’air
pas encore ma viande personnelle
mais ils sont pas loin
ils suivent à la trace
avec des chiens qu’y ont la démence
les dents pleines de morceaux pourris d’anciennes proies
alors j’arrive au bord d’une falaise
et y’a un hélicoptère avec le président en personne
qui veut me sniper
une balle explose mon genou
alors je l’insulte d’hémorroïde ambulante
puis je saute dans le vide
et là tout à coup
un immense condor me chope sur ses ailes
et me dépose devant un temple Aztèque
où un type habillé en étoile de mer
m’offre une glace à la fraise
pour la consolation d’exister

Kayak Milky Way kebab

Le mec se pourléchait les yeux

La babine de l’iris

comme une casserole chaude comme un chat qui se dévore chaque matin

je ne sais pas quelle vie il essayait de me faire vivre dans sa tête c’était pas clair une histoire d’étoiles la voie lactée spumeuse il me disait le gras Milky Way stellaire la grande pressurisation cyclopéenne des constellations pour donner naissance à de minuscules points compactés de lueurs il me disait le magnifique Milky Way la fabuleuse rosée du ciel d’été il faisait des grands gestes de maboule et puis il disait descendre en kayak la rivière aux oiseaux la rivière aux ragondins et que son kayak traînait dans le noir quelque part dans le noir velu par là-bas dans l’obscurité duveteuse et mouillé que son kayak mordait les reflets de la lune comme une chair blanche et de la bouche du type sortait sa gorge et de sa gorge bavait son cœur ouvert comme une plaie béante devant toute la terreur sublime qui semblait le brûler de l’intérieur et de l’extérieur devant le brasier totale de sa conscience

kayak milky way kayak milky way il avait que ça dans le gosier à dire à exprimer à faire bruire -tandis que l’herbe mangeait les œufs brouillés des ombres anxieuses -tandis que des macaques froids puisaient sous leurs bras des fruits hypnotiques -tandis qu’un banc en bois pourri s’endeuillait de quelques canettes épluchées -tandis que des moustiques et autres bestioles s’empâtaient dans les marécageux lampadaires

puis je suis allez prendre un kebab au meilleur kebab de la ville et la télévision turque diffusait des infos sur la vie en général au Moyen Orient et la trancheuse à kebab lardait des lamelles grillées dans la sauce brune et mon monde était couronné de salade tomate oignon et des fées andalouses adipeuses drapaient de délices les entrailles fructueuses de ma galette j’avais des oiseaux dans la poitrine des myriades et foultitudes et des truites douces de partout et des raies roses dans la bouche magnétisant mes gencives électriques et puis tout le ciel de dehors est rentré d’un coup dans ma gorge comme dans une lampe magique tout le ciel la voie lactée le milky way son kayak imaginaire le kebab magique le kayak milky way kebab tout s’est enfoui dans ma gorge à couper le souffle comme une sensation à étrangler un rhinocéros bien nourri je pensais pas survivre à tout ce ciel qui se déjette qui s’entasse tourbillonne comme un suçon je pensais pas vivre plus longtemps mais j’avais oublié qu’avec le kebab je gagne une vie.

Manifeste GF

Tant que le cœur y est le reste est tendre, fondant sur la langue, au poil. Sur internet on peut trouver des poètes merveilleux à 10 balles l’exemplaire, mais aussi des promos sur des pompes rétro des années 80 tendance Stranger Thing disco pognon. On a le choix entre des glandus qui ne branlent rien en design et qui épuisent leurs stocks de memes nostalgiques et des poèmes grattés à la truelle dans une déchetterie mondiale jamais vu auparavant. Pitié, empêchez-moi d’être misanthrope, cynique et sarcastique. Juste foudroyant.

De l’empêchement de devenir un gros con de misanthrope.

C’est trop con comme posture. Tout n’est pas comparable. On compare pas un steak à un billet d’avion. On compare pas le ciel à un boulon. Alors si les gens se payent des baskets sur-marketés en consommant invitro ce n’est pas une raison pour leur cracher des boulettes de nerfs. Toi-même tu as des new balance, tu les as trouées et laissées dehors alors même les limaces en ont fait leur abri de fortune. Et puis tout le monde n’est pas obligé de lire de la poésie. Okay. Et puis tu généralises. Okay. Prends tes cachets de jours meilleurs et va te coucher intérieurement. Le petit soleil sous les plis de ton pouls, laisse-le s’éteindre dans un bain de sang visqueux d’horizon. Y’a aussi : la poésie est partout. Ouais genre dans une flaque d’eau humide, une touche de clavier usée qui pue les peaux mortes ou encore un sushi propre sur lui qui n’a rien demandé à personne. Et puis la poésie, franchement, pourquoi elle aurait plus de valeur qu’une paire de pompes universelle ? Et puis, enfin, tout de même, la poésie c’est un concept vague, la poésie est dynamisme, rupture, éparpillement, déchirure, expérimentation, y’a plus d’école blablabla blablablou.

On touche du doigt le nexus des morceaux d’os : comparons ce qui est comparable, tout le monde n’est pas obligé de lire de la poésie, ne pas généraliser, la poésie est partout, la poésie est une valeur comme une autre, la poésie c’est une idée vague en cette période d’orgie post-contemporaine. Alors ne deviens pas un vieil aigri avec des idées de poitrine anxieuse.

Tout cette pensée relativiste j’en fais une boulette, je mâche la boulette et avec un tube de bic je crache la mie mouillée sur un plafond contristé. Toute cette humilité fait plaisir à voir. Les écrivains ont gagné historiquement leur autonomie. Le champ poétique est autonome, il est ce que ses acteurs en font. Mais gagner son autonomie historique, ça ne va pas dire se planquer dans un mouchoir. Vaste blague. Oui la poésie vaut plus qu’une paire de baskets parce qu’on le décide, et tout le monde doit lire de la poésie c’est comme ça. Je suis pour une dictature de la poésie. Je suis pour que la poésie coûte 1000 euros de plus qu’une paire de godasses. La poésie n’est pas partout, elle est dans des putains de bouquins écrits avec des putains de mots, et, non, c’est pas une idée vague, on sait tous très bien quand on écrit de la poésie. On le sent c’est pas difficile, comme un petit animal sympa dans la vie des organes amoureux.

Oui tout le monde doit lire de la poésie. Mais si tout le monde lit réellement de la poésie alors on sera dans la merde, c’est certain. Le principe vaut dans son inapplication. Vive les principes dont on ne peut pas foutre grand chose, d’un point de vue de la concrétisation ultime, vive les principes qu’on conserve à l’arrière du front comme une troupe fidèle mais qu’on ne va surtout pas foutre dans la bataille ou alors on risque de la voir s’envoler de la tête sans les pieds. Alors oui, injonction, tout le monde doit lire de la poésie.

Et lire de la poésie c’est pas juste traîner son steak dans des destinations paradisiaques en super promo parce que l’air de Ryan vaut pas un clou. Ouais l’aventure, la découverte, les magnifiques forêts et les déserts gluants, vachement poétique, y’a d’ailleurs une tonne de filtres instagram pour donner du peps à la poésie de la vie du voyage, et une tonne de lieux touristiques fait pour les touristes poètes. La poésie est dans une fleur ? Vous reprendrez bien un peu de courgette au paprika ?

Est-ce qu’un poème vaut une paire de baskets derniers cris ? OUI. la poésie vaut huit billiards de dollars, on détrousse tout Bill Gates pour un alexandrin juteux, la poésie c’est le tonneau des danaïdes de l’auto-tune, la mousson du pognon, la poésie vaut dix huit cotation en bourse de Google et Amazon fait la manche. La poésie fait une OPA sur Google, rachète ces enfoirés et dans chaque recherche si tu ne fais pas une longue traîne correct en vers libres ou n’importe t’obtiens rien qu’opprobre publique et dégoût universel. Un néo-capitalisme despo-poétique, tout en capital sinon ta tête elle valse direction l’espace dans une fusée d’Elon Musk qui s’applique à faire de la versification latine le dimanche après-midi plutôt que de croire qu’il va sauver ses fesses rouges de connard sur la planète rouge.